LES COLLOQUES DU FIFO SE PROFESSIONNALISENT

Les colloques du FIFOPour la quatrième année consécutive, le colloque des télévisions océaniennes réunit depuis le début de la semaine une vingtaine de télédiffuseurs Océaniens avec pour objectif de créer un réseau dans lequel sociétés de production et chaînes de télévision partagent leurs expériences et appréhendent des problématiques pour essayer d’en trouver des réponses.

Après une discussion, mardi, consacrée au financement, la présentation, mercredi, par l’équipe du comité des Jeux NC 2011, du dispositif technique pour la couverture de l’événement et de la création à venir d’un pool réunissant images et programmes des jeux, le débat d’hier s’est articulé autour des tentatives de coproductions et de mises en place de projets régionaux. Guy Muller, Organisateur du colloque et consultant, nous en parle en détail.

 

Ce quatrième colloque répond-il jusque-là à vos attentes ?
En moyenne de participation, on tourne autour de 18 à 20 personnes. C’est d’autant mieux cette année qu’on a réussi à faire se rencontrer des télédiffuseurs (y compris les nouveaux diffuseurs d’Internet, comme Richard Broadbridge, Président de MaiTV à Fiji) et des producteurs et réalisateurs. C’est un pas en avant qui montre qu’on est en train de professionnaliser le débat, et à partir du moment où on professionnalise, bien souvent, ça débouche sur des choses concrètes. C’est donc très positif car l’essence de ces colloques est bien de faire du concret. Là, on a dépassé le cadre de la discussion et on essaie d’avancer vers des prises de décisions.

 

Vous avez notamment reparlé de l’idée de créer un fond de soutien régional à la production, déjà abordée mardi…
On a présenté hier trois projets : « One short – One movie » de Fred Premel (projet de coproduction entre réalisateurs et producteurs de métropole et ultra-marins), « Yumi Piksar » de Verena Thomas et celui porté par CFI,  » Melanesian Beats « , dont je peux parler. Ce projet regroupe quatre télévisions (Salomon, Vanuatu, Papouasie Nouvelle-Guinée et Fidji – donc on est bien dans une association concrète de professionnels, visant à déboucher sur un projet de programme, en l’occurrence, un pilote de sitcom). Il est financé à 80% par la commission européenne au travers du programme ACPFilms, qui vise à promouvoir la production, la distribution et la formation des personnes dans le domaine du film et de la production audiovisuelle au sens large. En 2008, la commission européenne a débloqué un budget de 6,5 millions d’euros (3,8 pour le soutien à la production, 1,7 pour la promotion et la distribution des œuvres et 1 million pour la formation – catégorie à laquelle appartient le projet Melanesian Beats). Ce que j’ai déploré c’est que sur l’ensemble des 24 projets sélectionnés et financés par Bruxelles, deux ou trois seulement étaient des Caraïbes, et un seul de Mélanésie. Ça prouve que Bruxelles considère de très loin encore cette zone dans laquelle nous habitons et que cette zone océanienne se fait mal connaître. Or elle a du potentiel, les gens ont des idées et des compétences.

 

De quoi ont-ils besoin pour rayonner ?
Il faut des financements et surtout des partenaires institutionnels ou privés qui reconnaissent leur existence. C’est justement ce sur quoi nous réfléchissons avec la création de ce fond de soutien régional et l’un des objectifs de l’année prochaine est de ramener au FIFO quelqu’un de la Commission Européenne pour toucher du doigt nos problématiques, de manière à ce qu’au prochain appel à propositions, les gens de Bruxelles puissent mieux prendre en considération les difficultés de la région.

 

Ce besoin d’échanger des programmes entre les diffuseurs de la grande zone océanienne implique aussi évidemment des coûts supplémentaires de doublage ou sous-titrage…
Il y a effectivement cette problématique de la langue puisque entre Mélanésie, Polynésie et Micronésie, a minima deux langues sont usuelles : l’anglais et le français. Il est bon, à chaque fois que c’est possible, qu’une production prenne en compte cette nécessité de travailler en deux langues, mais c’est quelque chose qui demande des moyens et qu’il faut prévoir dans le business plan… À ce propos, Mateata Maamaatuaiahutapu, de TNTV, signalait que le Fonds Pacifique avait débloqué une enveloppe pour sous-titrer des œuvres de la région. Mais ce fonds n’est pas spécifique à la production audiovisuelle. Notre fonds, lui, serait exclusivement réservé pour ça. On est d’ailleurs en train de mettre en place une étude pour aller beaucoup plus loin et pouvoir dire l’année prochaine « il y a quelque chose qui s’est créé ».

 

Et qu’en est-il de l’APAC (Aide à la production audiovisuelle et cinématographique), mise en place ici depuis 2007 ?
Elle ne peut pas intervenir à l’échelon international, pas plus que les fonds de soutien néo-zélandais ou australiens, pour des raisons structurelles et de statut. Donc l’idée c’est vraiment de créer quelque chose d’international, ou du moins de « grand régional » et surtout de souple. Car ce que l’on reproche souvent aux bailleurs de fonds c’est de nous faire rentrer dans une procédure administrative lourde à laquelle on ne peut pas faire face ici.

 

J’ai noté que vous envisagiez pour l’année prochaine que le colloque s’interroge sur le mariage entre les différents supports de diffusion ?
On ne peut effectivement pas continuer à travailler sans reconnaître l’existence de nouveaux supports et de nouveaux médias. Il est évident que les professionnels qui sont autour de la table du colloque se préoccupent de la manière dont on peut et l’on doit produire des contenus multi supports (issus de ce que l’on appelle la convergence numérique). Le colloque est suffisamment mûr maintenant pour que l’on puisse y aborder cette problématique importante.

 

Prévoyez vous d’ouvrir un marché ?
C’est la question que l’on se pose. Mettre en place des séances de pitch, faire en sorte que les gens puissent venir ici avec des catalogues ou des « deal memos » (engagements d’achat)… Programmer une sorte de « speed dating » de la production, c’est tout à fait envisageable. Il est évident que l’on ne peut plus exclure la dimension économique de ce colloque et de l’industrie audiovisuelle en Océanie. Elle n’est plus naissante. Elle a certes encore besoin de grandir mais il faut surtout que l’on réfléchisse à la manière dont elle peut le faire.

Pour le quatrième et dernier débat, la confédération océanienne de football aborde en ce moment même, sous le chapiteau de la Maison de la Culture, la question de la formation de journalistes sportifs et des échanges de programmes. Avec peut-être en toile de fond la création d’une Web télé…