FIFO 2019 : Carl Aderlhod : « Je suis ici pour rencontrer et écouter »

Carl Arderlhod est le président du jury de cette 16e édition du Fifo. Cet historien et homme de lettres endosse ce rôle pour la première fois. Une expérience qu’il a hâte de vivre.

 

Est-ce votre premier séjour en Polynésie française ?

Tout à fait. Comme c’est la première fois que je préside un jury. Que de premières fois ! (rires). J’aborde cette première fois en Polynésie avec beaucoup d’humilité et envie d’écouter. Je sors d’une série documentaire sur l’histoire des immigrés en France, il y a une chose que j’ai retenue de cette expérience : il faut savoir se taire, écouter et apprendre. Il faut essayer d’oublier les idées préconçues qu’on peut avoir sur les sujets. Avant d’arriver à Tahiti, mon premier réflexe en tant qu’historien était de lire tous les livres sur l’histoire de la Polynésie. Wallès Kotra m’a dit très justement de découvrir mais aussi et surtout d’aller à la rencontre des gens et d’écouter. Je n’ai donc rien lu, j’arrive avec un regard naïf. Je crois que la naïveté est une vertu qui parfois comporte des risques car nous pouvons poser des questions maladroites ou malvenues, mais en même temps cela permet de désarmer les éventuels interlocuteurs qui seraient choqués par mes questions. La naïveté est un bon moyen de croiser, rencontrer et de s’enrichir.

 

Vous êtes romancier et réalisateur de séries documentaires. Comment abordez-vous le documentaire au FIFO ?

C’est une expérience nouvelle pour moi. Le documentaire a une approche diamétralement opposée à celle de l’écriture, qui se rapproche plus de celle de l’historien. Je m’explique : plus on s’efface face au sujet, plus on s’en rapproche. Et meilleur cela est… Ici, au FIFO, ce qui m’intéresse est de voir toutes les cultures dans leur jus, sans intermédiaire. Un des critères de jugement d’un documentaire est justement de sentir le moins possible le réalisateur ou le scénariste.

 

Qu’est-ce que vous attendez d’un documentaire ?

 

Je ne pense pas qu’il y ait de mauvais sujets mais plutôt des mauvais regards. Au-delà de cela, je suis un homme de l’écrit donc ce n’est pas forcément la qualité esthétique qui vient en premier. Mais la question de la forme est importante dans la mesure où elle ne doit pas brouiller le contenu. Le documentaire est un mélange d’émotions et de réflexions. Quand un documentaire est réussi, c’est lorsqu’il y a ces deux mélanges : l’émotion car elle permet de parler à la part humaine de chacun et la réflexion car elle permet de prolonger cette émotion et en faire quelque chose. S’il n’y a que de l’émotion, c’est un peu court…

 

Quel a été votre ressenti en arrivant en Polynésie ?

 

D’abord, la chaleur de l’accueil, bien-sûr… Mais ce qui m’a vraiment marqué est mon expérience de ce lundi matin. Mon réveil a sonné deux heures trop tôt, j’ai donc pu assister au lever du soleil sur la plage. Je dois dire que ça été un choc fort, d’autant plus que j’ai vu apparaître les montagnes de l’autre côté. Pour moi, la Polynésie était des îles de sable, voici une naïveté (rires), alors la découverte des montagnes si proche de la mer a été un choc encore plus fort.

 

En tant que président, quelles vont être vos consignes aux autres membres du jury ?

 

La consigne est que justement il n’y en a pas. Le mot « président » n’a pas beaucoup de sens pour moi car les membres de ce jury ont soit plus d’expériences en matière de documentaire, soit une culture plus locale que moi. Mon ambition est d’être un peu double. D’abord, servir le mieux possible ces documentaires car derrière il y a un travail, des réalisateurs, des auteurs qui ont vraiment mis tout leur talent et leur regard dans ces œuvres. Il faut donc les regarder, les étudier, les analyser avec le plus d’attention possible. Ensuite, être celui qui permet une dynamique la plus forte possible d’échanges. Nous avons déjà un peu discuté entre nous, il y avait des approches et des visions extrêmement différentes. Il est important que je sois le garant, le faire-valoir de cette diversité.

 

Avez-vous hâte de commencer ce FIFO ?

J’ai hâte de deux choses. La première est d’en finir avec les discours, je ne suis pas un homme de parole mais d’écrit. Puis, de découvrir. Je suis quelqu’un de consciencieux donc j’ai regardé et re-regardé les bandes annonces des films en compétition. Je dois dire que j’ai hâte de découvrir chacun de ces films, les bandes annonces donnaient vraiment envie et montraient des enjeux importants. En arrivant ici, je pensais que j’allais être complétement dépaysé. En réalité, ce qui me frappe dans cette programmation est que j’y retrouve des questionnements et thèmes sur lesquels je travaille : l’identité, la transmission de la culture, la transition écologique, les migrants… Je suis d’autant plus excité que cela commence car je vais voir la manière dont ces thèmes sont traités par d’autres cultures et les réponses qui sont apportées. Ce n’est pas simplement une curiosité mais cela me permet de sortir de ma zone de confort. C’est très intéressant car c’est comme cela qu’on voit le monde plus largement.

 

FIFO – Suliane Favennec