Tupaia

Tupaia« Nous avons commencé une conversation »

Tupaia est l’un des onze films en compétition de ce 13ème FIFO. Réalisé par Lala Rolls, il raconte l’histoire de ce grand navigateur polynésien et son épopée à bord du navire d’exploration du capitaine Cook, l’Endeavour. Ce vendredi 5 février, une partie de l’équipe du documentaire est revenue sur les dessous de la réalisation lors d’un Inside the doc.

« Lorsqu’ils sont arrivés sur Tahiti, ce n’était pas une équipe de tournage conventionnelle ». Sur le paepae de la Maison de la Culture, Eliane Koller, productrice du documentaire Tupaia, raconte les dessous du film à l’occasion du Inside the doc. Le public est venu nombreux, Tupaia semble attiser les curiosités. « Dans l’équipe, il y avait un tahua (ndlr prêtre) de Nouvelle-Zélande pour les cérémonies sur les marae. Ce n’est pas qu’un film, c’est un travail énergique pour rétablir la connexion entre Tahiti et le Nouvelle-Zélande. » Assise à ses côtés sur le fauteuil, cachée à l’ombre du banian, Lala Rolls, la réalisatrice, et Michel Tuffery, artiste maori et l’un des personnages du film, acquiescent aux propos de leur productrice. Micaël Taputu, qui fait partie de la cellule communication de l’OPT, est l’animateur de cette rencontre ouverte au public du FIFO. C’est lui qui pose d’abord les questions, avant de laisser la parole aux curieux.

Une conversation ouverte

« On est surpris de voir dans le film que Tupaia est méconnu à Tahiti », s’interroge l’interviewer. Lala Rolls s’empresse de répondre. « En effet. Nous sommes allés voir les navigateurs de la pirogue faafaite, ils nous ont appris des choses mais eux aussi avaient peu de connaissance sur le sujet », explique cette quinquagénaire à l’énergie débordante. Une fois qu’elle tient le micro, la réalisatrice a dû mal à le lâcher. Elle prend plaisir à partager son expérience, à raconter comment l’acteur du film a dû voyager avec faafaite pour s’imprégner du personnage, comment il a passé des heures à nager nu dans l’eau froide au-dessus de requins pour tourner une image, ou encore comment les jeunes, auteurs du hakka dans le film, ont été très touchés par ce dernier, un hakka qui, selon Lala Rolls, est un cri de colère contre Tupaia à qui l’on reproche d’avoir amené Cook sur les côtes néo-zélandaises. Elle aime aussi répéter que Tupaia les a suivis durant toute la réalisation, qu’il les a guidés. « Nous avons rencontré sur notre route toujours les bonnes personnes, parfois par pure coïncidence », explique Lala Rolls avant de laisser le micro, à son voisin et ami Michel Tuffery. L’artiste maori a lui aussi des choses à dire. « Nous étions destinés à rencontrer Tupaia. Nous avons commencé une conversation, des choses se sont révélées, nous avons obtenu un tas de perspectives différentes. Cette conversation doit se poursuivre ».

 

Changer de point de vue

Parmi le public, une mama polynésienne, chapeau traditionnel sur la tête, tente de couper la parole à ce duo de choc mais rien à faire. Quand enfin le micro lui est tendu, cette fidèle du FIFO rappelle simplement le statut d’ario’i de Tupaia. Lala Rolls et Michel Tuffery la remercient de cet important détail. « Y a-t-il une intention politique dans ce film ? », intervient un homme, assis au premier rang. « L’histoire polynésienne a toujours été racontée par les Occidentaux, nous n’avons donc qu’un point de vue », répond la réalisatrice. « Moi, j’étais fatigué de cela, j’avais besoin de changer de point de vue. On doit voir l’autre côté de l’histoire », explique à son tour l’artiste maori. L’homme répondra avec beaucoup de conviction également à la question d’intégrer le marae Taputapuatea de Raiatea à l’UNESCO comme étant la propriété de la France. Si cette situation attriste Lala Rolls, ce n’est pas le cas de Michel Tuffery. « Vous savez Taputapuatea est une station service de l’Océan. Il y en a ailleurs qu’à Raiatea. Nous, nous connaissons le sens de ce lieu, nous savons où nous allons. Pas eux, pas les Occidentaux ! Donc, finalement, cela importe peu ». Micaël Taputu, l’animateur, a du mal à interrompre la conversation qui s’est installée entre l’équipe du film et le public. Finalement, c’est Eliane Koller, la productrice qui interviendra, et conclura d’une certaine manière cet Inside the doc. « La plus grande difficulté a été le langage différent entre Tahiti, francophone, et la Nouvelle-Zélande, anglophone. L’avenir de la Polynésie est donc de parler plusieurs langues ! ».

Crédit : FIFO/Suliane Favennec