Rencontre avec Bentley Dean, coréalisateur de ‘Contact’.

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‘Contact’, c’est l’histoire insolite d’une communauté aborigène, et de leur première confrontation avec l’Homme blanc. Mais c’est aussi l’histoire d’une autre rencontre, celle de Yuwali, l’une des protagonistes du documentaire, et de Bentley Dean, l’un des deux coréalisateur du film. En 1964, Yuwali avait 17 ans et son groupe, composé de 20 femmes vivaient dans la totale ignorance de l’existence des hommes blancs. Un jour de mai, Yuwali fut la première à avoir un contact avec la civilisation. Grâce aux images d’archives de cette rencontre, mais aussi grâce au tempérament extraordinaire de Yuwali, qui a écrit un livre retraçant son histoire, ce documentaire nous fait vivre de façon palpitante la force de cette première confrontation, qui changea à jamais la vie de  la dernière communauté aborigène à vivre traditionnellement.  Lors de la projection de cette poignante découverte, Bentley Dean était présent pour répondre aux nombreuses questions du public.

‘Comment la réalisation de ce documentaire a-t-elle été rendue possible’ ?

-Indéniablement grâce à la personnalité extraordinaire de Yuwali, qui est un vrai caractère authentique. Nous avions eu connaissance de cette histoire par un article de journal, puis en faisant des recherches, nous avons appris qu’elle avait écrit un livre sur ce contact. Nous sommes allés la voir, et en fait, il a fallu deux rencontres, car au début, nous n’étions pas sur la même longueur d’onde culturelle. Nous étions  en mode ‘européen’. Il nous a fallu comprendre la dimension spirituelle pour être en phase. Mais ensuite, ce fut une grande aventure humaine. Il y a eu un lien très fort entre nous.

‘Comment s’est déroulé le tournage ?

Nous avons eu 4 semaines de tournage, et en fait, c’est Yuwali qui était réalisatrice parfois. Parfois je lui posais des questions et elle se mettait en scène toute seule, de façon délibérée…Il a fallu que nous nous adaptions à cette contrainte, les caméras devaient toujours être prêtes. Mais une fois que nous l’avions intégré c’était facile à mettre en place.

‘Est-ce que cette communauté est retournée vivre dans le désert’ ?

Ce sont des chasseurs et une communauté très forte, qui a su préserver sa langue, le ‘Martuwanka’. Ils ont su conserver leur tradition, ce qu’ils appellent ‘la loi’ dans le film. Mais ils ne peuvent plus revenir en arrière. Yuwali est un personnage très charismatique de la communauté. Elle a écrit ce livre, mais c’est aussi un peintre reconnu.

‘Comment se fait-il qu’il n’y avait pas d’hommes dans cette communauté?

En fait deux d’entre étaient morts à l’époque du contact. Le seul survivant était parti chercher une autre femme quand les Blancs sont arrivés. Il fut retrouvé alors que toute la communauté avait migré.

‘Quel accueil a reçu ce film ?

Un accueil très attentif. Nous avons fait en sorte de ne pas porter de jugement, juste de raconter avec les yeux des aborigènes cette prise de contact, qui a mon sens est aussi intense que si des extra-terrestres venaient à notre rencontre. Yuwali était terrorisée. Cette aventure extraordinaire, c’est la sienne et celle de son peuple, mais aussi un peu la nôtre. Je suis heureux de voir qu’ici aussi il suscite un fort intérêt du public, certainement parce que les Polynésiens aussi peuvent s’interroger sur ce qu’a dû être la première rencontre avec les Européens.