[n°11] Les Tahitiens des Forces françaises de l’intérieur

Si les volontaires tahitiens seront de toutes les unités et de tous les théâtres d’opérations de la seconde guerre mondiale : marins, aviateurs, parachutistes et fantassins du glorieux Bataillon du Pacifique, d’autres seront aussi engagés dans les rangs de la résistance intérieure.

Charles Higgins venu en France avant guerre pour raisons de santé rejoint les forces françaises de l’intérieur (FFI) dans la Drôme. En haute Vienne, les deux frères Coppenrath, Gérald futur sénateur et Michel, futur archevêque de Tahiti combattent avec les forces du maquis Joël.

Le fils du pasteur Charles Vernier, président des églises protestantes de Tahiti, André Vernier est tué à Vassieux en Vercors le 21 juillet 1944.

A la lutte armée se couple celle du renseignement.

Marie épouse Legendre, compagne d’André Legendre député communiste de la région parisienne milite dans les rangs des francs-tireurs et partisans (FTP). Eugène Jacquesson est déporté le 15 août 1944, dix jours avant la libération de Paris vers Buchenwald, puis Ravensbruck et Dora. Il est libéré en 1945.

André Vernier est né à Uturoa le 18 juillet 1921, île de Raiatea aux Iles –Sous-le-Vent. Son militantisme dans les jeunesses protestantes contre les lois raciales de Vichy le contraint à gagner le maquis du Vercors. André Vernier dit Rivière est tué le 21 juillet 1944, lors de l’investissement de la cuvette de Vassieux par les parachutistes allemands. Il tombe les armes à la main aux côtés de son chef, le capitaine Pierre Hazebrouk, dit Capitaine Hardy sur le terrain d’atterrissage de Vassieux dit Taille-crayon. Son corps ne fut jamais retrouvé, brûlé comme ceux de ses camarades.

 

André Vernier à gauche et ses frères. A côté de lui, Albert Vernier, soldat du BIMP est tué le 11 avril 1945. Fonds Vernier.

D’autres natifs de Tahiti paient aussi de leur vie leur engagement dans la résistance française et notamment Jeanne Maistre du réseau Alliance, déportée et exécutée le 1er septembre 1944 au Struthof de Natzwiller (Bas- Rhin), Marie Gustave Éric Pettiti du réseau Orient, décédé au camp d’Ellrich en Allemagne, André Constantin, franc-tireur et partisan (FTP) de Saint Brévin l’Océan décède à Buchenwald le 4 décembre 1943. Dans le groupe Vedel du réseau Brutus-Boyer, une tahitienne du nom de Povo Marenko capturé par les Allemands est passée à la baignoire.

Sarah Colombani du réseau Nord et Micheline Vincent du réseau Deferre, Raoul Teissier, William Miller et Ernest Tetuaea Constanstin complètent les rangs des natifs de Tahiti engagés dans la résistance française intérieure.

André Teriimana Chaze dit Koko, fils de Micheline Vincent est aussi engagé malgré son jeune âge dans la résistance ardéchoise de la Voulte sur Rhône avant de s’échapper de France par l’Espagne pour s’engager dans les Commandos de France.

Micheline Vincent et son fils Koko Chaze. Courtesy Hugh Chaze.

 

William Miller, fils de Pierre Temoko Mateakutua dit Pedro et de Fime a Ariitai s’engage en 1933 dans la Coloniale et fait un séjour en Indochine. Pedro Miller est le directeur de la Compagnie française de Tahiti et jouit d’une grande renommée tenant à la fois du gentleman et du pirate, artisan des principales plantations de Mopélia. Il est par ailleurs propriétaire de la plus riche cocoteraie de Tahiti dont il a fait sa résidence et où il reçoit en grand seigneur aidé de sa femme et de sa ravissante fille. Fime a Ariitai est la sœur du pasteur protestant Ariitai d’Opoa.

 

William Miller est mobilisé le 3 septembre 1939. Il est blessé le 4 mai 1940 dans la Somme à Hornay, par éclat de bombe d’avion, il est fait prisonnier le 5 mai 1940. Il s’évade le 10 mai. Il gagne ensuite les rangs de la résistance intérieure française.

Lors du débarquement de Provence, le maréchal des logis-chef Raoul Teissier de Saint-Sauveur de Tinée rejoint les Forces françaises de l’intérieur (FFI) du groupement François et s’investit chef du Groupe de Résistance de Saint-Sauveur. Leur groupe est notamment chargé de la protection de la centrale hydro-électrique du Bancairon, évacuée par les Allemands avant de participer le 18 août 1944 à l’attaque du Pont-de-Clans où 79 soldats allemands sont faits prisonniers.

Raoul Teissier. Fonds Shigetomi

 

Le parachutiste tahitien SAS Ernest Tetuaea Constantin parachuté en Bretagne le 12 juin 1944 combat à Sant Marcel le 18 juin 1944. Lors de l’évacuation du bourg de Saint-Marcel, il est porté disparu à Callac le 19 juin 1944. Fait prisonnier, il est dirigé sur Pontivy le 21 juin 1944. Il s’évade le 14 juillet 1944 et tient le maquis dans la poche de Lorient jusqu’au 17 août 1944. Repris, il est détenu à Lorient jusqu’au 10 mai 1945, date de sa libération par les Français.

Biographie : Michel Coppenrath

Fonds Coppenrath Courtesy Armelle Merceron

Michel Coppenrath est né le 4 juin 1924 à Papeete

Il est le fils de Clément Coppenrath qui a été poilu dans les rangs de l’Armée d’Orient engagé à Salonique en 1916.

Michel et son frère Gérald sont envoyés enfants par leurs parents poursuivre leurs études primaires à Poitiers, d’où leur mère est originaire.

Avant le maquis, Michel Coppenrath alors âgé de 16 ans rendait visite à des tirailleurs sénégalais prisonniers. Lors de l’évasion de l’un d’eux, une de ses lettres est retrouvée par les Allemands. Michel est alors arrêté et emprisonné à Bordeaux où il reste détenu quinze jours. Il est finalement libéré mais Michel Coppenrath figure désormais sur les listes allemandes.

Michel est à nouveau emprisonné à 17 ans comme otage en représailles à l’assassinat d’un officier allemand. Il échappe au peloton d’exécution, gagne rapidement la clandestinité et rallie l’armée secrète comme agent de liaison dans le mouvement Défense de France pour distribuer des journaux clandestins reçus de Paris.

Michel Coppenrath rejoint son frère aîné Gérald qui d’abord caché en Vendée dans la dépendance d’une ferme puis chez Mme Gibeaud à Poitiers a gagné le maquis pour échapper au service du travail obligatoire (STO).

Michel Coppenrath, futur archevêque de Papeete y prend le nom de guerre de Marcel  dans les rangs du maquis  Joël  récemment créé qu’il rejoint en juin 1944. Les forces de ce maquis opèrent dans les départements de la Vienne, de la Charente et de la Haute-Vienne. Leurs actions sont des sabotages et des embuscades sur les routes.

A l’annonce du débarquement, les deux frères Coppenrath passent à la lutte armée pour la libération de Poitiers. Michel Coppenrath alias Marcel est servant de fusil mitrailleur Bren Gun.

Les deux frères Coppenrath vont participer aux engagements de Pleuville le 3 août, de l’Isle-Jourdain le 4 août et de Saint- Maurice le 25 août 1944.

Après la guerre, Michel Coppenrath qui visait l’Ecole d’administration coloniale s’en détournera pour les ordres et n’abordera jamais son action armée dans les rangs du maquis Joël.

Michel Coppenrath est titulaire de la médaille de Commandeur de la légion d’honneur qui lui fut remise en avril 1997 par Robert Hervé du glorieux Bataillon du Pacifique.