Michel Bourez, un exemple pour la jeunesse polynésienne

Ce lundi 5 février, le FIFO ouvre ses portes pour une journée scolaire. Des jeunes qui ont pu découvrir un portrait authentique et intime de l’un des meilleurs surfeurs mondiaux : Michel Bourez.

52 minutes de rires, d’émotions, de découvertes, de surprises… Le documentaire réalisé par Karim Mahdjouba sur le parcours de Michel Bourez a conquis le jeune public. Michel Bourez, des racines du surf à la cime du monde tient bien son titre. On pénètre dans l’enfance d’un passionné de sport, de va’a, de football mais aussi de vagues. On rencontre un adolescent qui doit faire un choix, celui du surf parmi les autres disciplines. On suit cet ado signant avec son premier sponsor qui lui ouvrira les portes de la marque Quicksilver. On part à l’aventure avec un jeune surfeur qui grâce à ses bons résultats en compétition côtoie rapidement les meilleurs mondiaux. On voyage avec un sportif au gré de ses victoires et de ses échecs aux Fidji ou à Hawaii, mais aussi lors de ses trips de free surf dans les spots « secrets » de la Polynésie. On découvre l’intimité d’un homme devenu père de famille et responsable, un homme qui a aussi eu ses coups durs dans sa vie de sportif. Des étapes durant lesquelles il a fallu se reconstruire, persévérer, avancer malgré tout. On comprend aussi les nombreux sacrifices d’un sportif de haut niveau. « On apprend beaucoup de chose. Michel pousse les Polynésiens à réaliser leur rêve, il nous motive ! », confie Monia, 20 ans, élève au lycée hôtelier de Punaauia, qui n’a pas manqué une minute de ce documentaire.

 

La détermination et le sacrifice

Pour parfaire ce portrait de Michel Bourez, le réalisateur Karim Madhjouba est parti à la rencontre des parents de Michel et de ses amis surfeurs, parmi lesquels Joël Parkinson, Adriano de Souza, tous deux champions de la discipline, et les « boyz », les surfeurs polynésiens. Tous décrivent un homme agressif dans le surf, techniquement imparable, puissant, nourri par cette rage de vaincre, prêt à tous les sacrifices pour atteindre son rêve, mais aussi un surfeur bon perdant, très respectueux qui sait se remettre en question. « C’est un bel exemple pour nous. Quand on voit tout ce qu’il a accompli, ça donne envie ! », explique Heiari, 19 ans, lycéen à Faa’a. En une décennie, Michel Bourez est devenu l’idole des jeunes Polynésiens. « On est très fières », confient deux jeunes élèves à la sortie de la projection qui attendent impatiemment l’autographe de ce surfeur devenu une véritable star locale. Un jeu auquel se prête volontiers le sportif qui a d’ailleurs répondu avec sa sympathie habituelle aux nombreuses questions des élèves lors du débat après la projection. Michel raconte sans fard ses moments les plus difficiles de sa carrière, ses blessures, ses amis décédés, son stress et ses angoisses loin de son cocon familial.  « Toutes ces expériences permettent de travailler ton mental, c’est comme cela que tu atteins un niveau encore jamais atteint. C’est à ce moment là que tu perces ». L’assemblée applaudit, émue et intriguée par ce personnage. « Est-ce que tu transmets ta passion à tes enfants ? », interroge un élève. « Oui mais c’est difficile car on veut toujours qu’ils réussissent mais des fois ils ne veulent pas, du coup je suis frustré ». « Quelles sont tes plus grandes difficultés ? », interroge un autre. « C’est lors des déplacements lorsque je suis loin de ma famille mais c’est en faisant des sacrifices qu’on y arrive ». « Quels sont tes spots de surf préférés ? » questionne un jeune spectateur. « Teahupoo ! » répond sans hésiter le surfeur, ravi de cet échange avec les jeunes. Un échange qui va continuer après le débat dans les couloirs de la Maison de la Culture. Tout le monde s’arrache ce sportif, qui surfe avec l’élite mondiale. Tout le monde veut son selfie avec ce surfeur devenu l’idole des jeunes. Des jeunes qui ont retenu une phrase, celle de la maman de Michel : « Quand tu veux tu peux ». Une belle leçon de vie…

INTERVIEWS

 

Karim Mahdjouba, réalisateur

Pourquoi avoir fait ce documentaire aujourd’hui sur Michel Bourez ?

Cela fait dix ans qu’il est dans le circuit mondial comme surfeur professionnel. C’était donc le bon moment. Journaliste de presse puis producteur d’émissions de surf, je suis Michel Bourez depuis quelques années, il est le meilleur Tahitien sur le tour mondial. Il avait des histoires à raconter et des résultats. J’ai mis un an et demi pour finaliser ce documentaire. Il n’est pas parfait techniquement mais il y a de belles images et, n’ayant pas de financements, j’ai donc fait avec les moyens du bord. L’essentiel était de faire un portrait assez généraliste de l’homme et du surfeur.

 

Est-ce qu’il a été difficile de suivre et entrer dans l’intimité de Michel Bourez ?

Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, il a fallu montrer patte blanche. On a commencé à travailler ensemble en 2015 puis cela a été un travail de longue haleine. Il faut savoir préserver son intimité, savoir intervenir au bon moment et montrer qu’on respecte les règles du jeu. Michel a vu comment je bossais et m’a laissé la porte ouverte.

 

Michel Bourez, surfeur professionnel

Vous découvrez le documentaire de Karim Mahdjouba, qu’est-ce que vous en avez pensé ?

C’est bien raconté. Il est parti à la rencontre de mes parents qui donnent leur version, et explique bien ce qui s’est passé pour moi. C’est toujours plus facile d’entendre et voir les autres raconter son histoire que soi-même. Après, je connais Karim, il était donc plus facile pour moi d’accepter qu’il me suive. Lorsqu’il me l’a proposé, je n’ai pas pris la question à la légère, j’ai beaucoup réfléchi, puis j’ai dit oui. Même si j’ai stressé durant 52 minutes, je suis content du résultat.

 

Les jeunes élèves présents à la projection ont posé beaucoup de questions. Il était important pour vous d’échanger avec eux ?

Les questions qu’ils ont posées étaient importantes pour moi. Je voulais qu’ils comprennent qu’il faut être déterminé dans la vie pour atteindre ses rêves et savoir s’entourer des bonnes personnes. Il faut aussi qu’ils sortent de Tahiti. Quand tu pars du fenua, tu vois d’autres cultures, d’autres paysages, quand tu reviens à Tahiti, Tahiti est toujours pareil et tes copains sont toujours là. Il est donc important de savoir partir et revenir. Cela nous fait grandir et nous enrichit.

 

Quel est ton message pour la jeunesse polynésienne ?

Il faut persévérer peu importe ta discipline. Il ne faut laisser personne te dire que tu ne vas pas réussir !

 

FIFO / Suliane Favennec