Fenêtre-sur-court, un festival dans le festival

La soirée baptisée « Fenêtre-sur-court », organisée lundi soir au grand théâtre de la Maison de la Culture, a fait la part belle aux documentaires de courte durée. Cette nouveauté du cru 2018 a déjà trouvé son public.

« Je crois que je vais voter pour le documentaire sur les mangroves », glisse Vaea Deplat à la sortie du Grand Théâtre de la Maison de la Culture lundi soir. Elle vient de participer à la soirée Fenêtre-sur-court. « C’est quelque chose que l’on ne connait pas ici, j’avais l‘idée d’un milieu un peu hostile, avec de l’eau disons saumâtre mais après ce documentaire j’ai envie d’y aller, d’y mettre les mains, de voir ce qui s’y passe. L’eau y est claire, la vie riche. »

Le documentaire auquel Vaea Deplat fait référence est celui de Ruth Ketau, Mangrove Stories. Un documentaire de 15 minutes tourné en Papouasie-Nouvelle-Guinée et qui raconte cet écosystème qui offre des crabes et des poissons aux pêcheurs. Les communautés qui vivent grâce aux mangroves apprennent à les sauver car elles sont sensibles au changement climatique.

Le public, jury de la soirée

D’autres spectateurs s’interrogent, comme Vaea Deplat, car c’est à eux de sélectionner le meilleur court-métrage documentaire de la soirée. Ce qui suscite ça et là des discussions. Les constructeurs de grande pirogue l’emporteront-ils sur les fabricants de masques en argile de la région d’Asaro (Papouasie-Nouvelle-Guinée) ? Les errances du poète maori passeront-elles devant les sensations extrêmes des pratiquants de wingsuit ?

Onze documentaires pour une soirée

Au total, onze films documentaires ont été projetés allant de trois à dix-sept minutes. « Nous avons reçu de si nombreux films et leur qualité était telle que l’organisation d’une soirée de documentaires courts s’est faite naturellement », explique Mareva Leu, l’organisatrice. Le comité de pré-sélection a reçu 147 films. Neuf personnes, dont Moana’ura Tehei’ura, professeur d’anglais, chorégraphe et metteur en scène se sont chargé de les visionner un à un entre août et novembre. « Finalement Fenêtre-sur-court est comme un festival dans le festival, un condensé du FIFO. Il présente un riche panorama de sujets et de territoire », indique-t-il.

Plusieurs thèmes forts se sont distingués comme l’environnement ou les femmes dans les sociétés océaniennes. « On n’est plus le même après cette soirée. On y apprend tant de choses », résume Heiva. Par exemple, et sans transition, qu’une goutte d’oxybenzone (un composé chimique qui se trouve notamment dans les crèmes solaires) diluée dans un volume d’eau équivalent à six fois et demi une piscine olympique peut-être mortel pour les larves de poisson, que 15% des récifs dans le monde sont touchés par les composants des crèmes solaires, que le changement climatique menace les mangroves mais aussi les sites produisant de l’argile utilisée par un clan papou pour réaliser ses masques ou bien encore qu’il existe un homme en Nouvelle-Zélande, un Maori de 58 ans, qui se plaît à faire des nœuds aux arbres. Ces arbres aux branches nouées poussent et « quand je les coupe je vibre, comme si j’avais pris une drogue », assure-t-il.

Les documentaires de Fenêtre-sur-court ont présenté des visions percutantes de l’univers océanien. Tournés en couleur ou en noir et blanc, suivant un personnage ou un groupe de personnages, ils ont donné à rêver et à penser.

FIFO / Delphine Barrais