Le tabou des surfeurs gays

200-thomas-castetLoin de l’image hyper sexualisée des surfeurs, le film “Out in the line up” nous entraîne sur les plus beaux spots  du monde à la rencontre d’une communauté gay bien décidée à faire tomber les tabous.

Quand le film australien “Out in the line up”, de Ian Thomson traite de l’homosexualité dans le milieu du surf, forcément, on s’interroge. En quoi les surfeurs gays seraient-ils un sujet suffisamment intéressant pour faire l’objet d’un film ? Après tout, personne n’aurait l’idée de tourner un documentaire sur les comptables homosexuels. La réponse, c’est Thomas Castets, producteur à l’initiative du film et créateur du site internet gaysurfers.net, qui nous la donne : “Les gens n’imaginent pas que les homosexuels puissent surfer, parce qu’en réalité ils pensent qu’une personne gay ne fait pas de sports dangereux.” Pour ce Français installé en Australie depuis de nombreuses années et lui-même surfeur, il s’agissait au départ de tordre le cou aux stéréotypes véhiculés autour des homosexuels et de rendre visible cette réalité. Mais au fur et à mesure du tournage, au fur et à mesure des rencontres, c’est une autre réalité qui est apparue : celle de surfeurs gays qui préféraient taire leur orientation sexuelle par peur d’être discriminés, par peur d’être exclus de leur communauté de surfeurs.

Est-ce que cette peur est fondée ? “On a voulu demander aux surfeurs, aux sponsors, aux fédérations mais personne n’a répondu. En réalité, ces gens ne savaient pas quoi répondre. C’est là qu’on a pris conscience qu’il y avait un vrai tabou.” C’est sans doute là le pari réussi du film qui met à mal ce silence, cette ignorance parfois, en rendant visible la communauté gay des surfeurs. “Cette visibilité, elle n’est pas pour les protagonistes du film, nous savons qui nous sommes, nous l’assumons, mais c’est pour tous les autres, ceux qui ont peur de montrer qui ils sont réellement”, précise Thomas. “Partout où je vais dans le monde, je rencontre des surfeurs homosexuels et on est heureux de se rencontrer, non pas pour coucher ensemble, mais parce qu’on a quelque chose à partager. Certains nous taxent de communautaristes, mais quand on n’est pas bien dans sa peau, c’est très important de rencontrer des gens qui vivent les mêmes choses. Il y a de l’entraide, du soutien. ” La communauté qui s’est créée principalement autour du site internet est une source d’inspiration pour ceux qui ont du mal à franchir le pas de leur “coming-out” et pouvoir être ce que l’on est sans se cacher.

Alexandra Sigaudo-Fourny