[FIFO 2020] Un FIFO qui alerte et fait bouger le secteur audiovisuel

La sélection du FIFO a, comme toujours, choqué, étonné, ravi, fait pleurer, fait rire un public venu nombreux. Il impacte les esprits et les cœurs. Et avec les ateliers, les conférences, les débats, le colloque des télévisions océaniennes, il impacte aussi l’économie audiovisuelle.

 

Comme chaque année, la semaine du FIFO est passée plus vite que les autres semaines de l’année… Près de 30 000 personnes se sont pressées dans les salles obscures de la Maison de la culture mais aussi dans les ateliers, aux tables rondes, aux conférences. Public et professionnels ont fait du FIFO un événement culturel incontournable en Océanie. Du côté des ateliers, l’écriture de scénario, l’animation 3D, le doublage audio, le reportage TV, le montage vidéo, ont réuni beaucoup d’amateurs venus, chaque jour, s’initier ou s’améliorer dans la pratique de toutes ces techniques audiovisuelles. « Cela montre l’intérêt du public pour les métiers de l’audiovisuel. C’est encourageant et rassurant à la fois car on voit qu’on ne s’est pas trompé en proposant ces formules », explique Mareva Leu, déléguée générale de l’AFIFO. Ces ateliers permettent aussi aux participants de rencontrer des professionnels du secteur qui viennent animer ces cours avec passion. « Tous sont heureux de partager et de transmettre leur savoir-faire. » Des vocations sont nées ici, dans ces ateliers. Toarii Pouira, réalisateur et animateur de l’atelier 3D, a fait son premier atelier d’écriture au FIFO. D’autres ont participé à ces cours puis sont partis se former à l’étranger avant de revenir présenter des documentaires au festival. « C’était l’un des objectifs du FIFO dès le départ : éveiller l’intérêt du public pour ces métiers et susciter des vocations ! » Dommage que la formation diplômante à Tahiti pour ces métiers soit toujours inexistante. Une industrie s’alimente aussi par la formation.

 

Le public a pu également se régaler avec une sélection, comme toujours, riche et étonnante. D’ailleurs, il était plutôt en accord avec le jury cette année car un film a été primé deux fois : The Australian Dream réalisé par Daniel Gordon, a reçu le deuxième prix spécial du jury et le prix du public. C’est la troisième fois que cela arrive depuis les débuts du festival. « Il y a 15 ans, nous étions plutôt sur des magazines de découverte mais aujourd’hui, ce sont des documentaires forts, d’investigation. Les spectateurs sont désormais un public de connaisseurs. Il y a une recherche dans le regard du professionnel mais également dans celui du public », analyse Mareva Leu. Les rencontres sur le paepae a Hiro ou sous le grand chapiteau ont également permis de beaux échanges sur les films entre les spectateurs et les professionnels. Ceux-ci étaient d’ailleurs bien plus nombreux que les années précédentes. Si certains sont invités par le festival, les autres doivent venir par leurs propres moyens et ils ont été nombreux à le faire cette année. Une vingtaine d’internationaux étaient présents. « Le FIFO est aujourd’hui un rendez-vous essentiel et de premier plan en Océanie. »

 

Beaucoup s’était donné rendez-vous aux tables rondes, aux conférences et au colloque des télévisions océaniennes. D’ailleurs la 14e édition du colloque a réuni de nombreux professionnels des pays de l’Océanie, l’événement est devenu un rendez-vous privilégié pour eux. Et l’occasion d’alerter ou de lancer des appels comme cette année où un document a été signé, réclamant la création d’un Fonds de soutien régional pour la création et la production audiovisuelle en Océanie. Réunir les spécialistes permet de développer le secteur et de le dynamiser. « Beaucoup de choses ont été annoncées au FIFO et elles ont réellement été mises en place », assure Mareva Leu. Il ne s’agit pas simplement de se rencontrer mais bien aussi d’agir. Ce verbe « agir » semble être aussi l’avenir du FIFO. Si les documentaires ont toujours été engagés et révélateurs d’injustice ou de préjugés, l’arrivée du documentaire d’impact marque une nouvelle étape. Le documentaire d’impact est un véritable outil pédagogique, politique (pour la vie de la cité), engagé. Un levier pour un changement social, économique, environnemental. Le film est décliné en cours, en supports de communication, en plateforme Internet. Il s’accompagne d’une véritable campagne, parfois sur plusieurs années, pour porter encore plus fort et plus loin le message qu’il envoit. Les « Good Pitch » permettent de trouver des personnes, dans la communauté, capables de soutenir la création et la production de ce type de documentaires, que ce soit des aides financières ou simplement des mises en réseau. Un Good Pitch Tahiti sera d’ailleurs organisé l’année prochaine au FIFO 2021. « Le documentaire d’impact va insérer le festival dans une dynamique encore plus engagée. D’autant que l’Océanie est au cœur des enjeux environnementaux et sociétaux du XXIe siècle. Et puis ça fait du bien de s’engager pour des causes, de soutenir des communautés. Il faut qu’on traverse notre histoire et tous les moyens sont bons », explique Mareva Leu. Vivement l’année prochaine !

 

Lucie Rabréaud / FIFO 2020