Eric Lavaine : raconter des drames avec humour

C’est une première pour le réalisateur français en Polynésie française. Eric Lavaine, président du jury du FIFO, va découvrir l’Océanie et la Polynésie lors de cette 15ième édition. Rencontre avec un cinéaste qui a pour leitmotiv : l’humour et l’histoire des hommes.  

« Comme presque tous les Européens, j’ai une vision assez clichée de la Polynésie. Grâce au FIFO, je vais pouvoir enrichir mon regard ». Eric Lavaine, président du jury de ce 15ième FIFO, estime que les Européens ont une vision très égocentrique et s’interroge sur ce point de vue. « Nous Européens, on imagine que l’Europe est le centre du monde, pourquoi nous plus que les Chinois, les Mélanésiens ou les Polynésiens ? » Durant quatre jours de festival et de projections, le réalisateur français compte bien aiguiser son regard sur cette région du monde. Habitué aux fictions, Eric Lavaine reste néanmoins un grand amateur de documentaire. Ce qui l’intéresse dans ce format : découvrir des destins individuels. « Avant dans les documentaires, la mode était de suivre entre 5 à 6 personnages, aujourd’hui, on en suit 1 comme en fiction. Il y a un intérêt à construire un personnage qui va créer de l’empathie et qui peut permettre au public de s’identifier à lui. Lorsqu’on regarde un documentaire, on découvre avant tout l’histoire d’un homme », explique le président du jury, ravi de cette aventure polynésienne et de ses compagnons du FIFO, des personnalités diverses et variées. Certains membres du jury sont des Océaniens, d‘autres des Métropolitains, des professionnels de l’audiovisuel, des politiques ou même des religieux. Un jury pour Eric Lavaine qui permettra certainement de diversifier les points de vue. « Mon rôle pour le FIFO, ce sera bien sûr de donner mon avis et de le défendre mais je ne suis pas une personne bornée », confie-t-il, sourire en coin.

 

L’humour, un moyen de communiquer

Sourires, rires… L’humour a une place importante dans la carrière du réalisateur. Eric Lavaine fait ses débuts en 1988 sur la chaîne cryptée Canal + en tant que scénariste pour l’émission Les Guignols de l’Info puis la série médicale et déjantée H. L’écriture et le petit écran l’occuperont de nombreuses années avant qu’il ne se décide à passer derrière la caméra. En 2006, il réalise son premier long-métrage Poltergay avec l’acteur bien connu Clovis Cornillac. Mais son premier succès au box-office vient avec Incognito où l’on retrouve le chanteur Benabar et l’humoriste Franck Dubosc. En 2010, il sort Protéger et servir. Le film peine à convaincre mais Eric Lavaine persiste dans la comédie et signe un nouveau film, Bienvenue à bord, qui réunit certaines grandes figures de la comédie actuelle. Barbecue, sorti en 2014, sera certainement l’un de ses plus grands succès avec plus de 1,5 millions d’entrées. Un succès qui ne va plus le lâcher… Retour chez ma mère, en 2016, est encensé par la critique. Quant à sa dernière réalisation, L’embarras du choix, si le film rencontre un succès moindre, on y retrouve un vaudeville qui part d’un sujet de société bien réel et assez grave. C’est d’ailleurs ce qu’il aime, Eric Lavaine : parler de sujets dramatiques avec humour. « L’humour est une façon de communiquer. Quand tu arrives à faire rire quelqu’un, tu crées un territoire différent où on peut se dire les choses. Avec l’humour tout devient sympathique, cela permet d’offrir une légèreté et de mieux supporter la vie qui, on le sait, s’arrêtera un jour ».

 

L’ennui nourrit l’imagination

L’humour a toujours eu une place particulière dans la vie du réalisateur. Enfant, il s’ennuyait dans sa famille. De nature hyperactive, Eric Lavaine s’est donc servi de l’ennui pour développer son imaginaire. « Je regrette d’ailleurs aujourd’hui que les jeunes ne s’ennuient plus, ils sont toujours occupés et cela ne laissent plus la part à l’ennui et à l’imagination », explique celui qui a utilisé l’humour pour exister autrement que par son physique. « Je suis resté longtemps petit, j’ai grandi vers 18/20 ans, j’ai donc utilisé l’humour. Aujourd’hui, on se rend compte que l’humour a du pouvoir. On voit d’ailleurs que les chefs d’entreprises et même les politiques l’utilisent ». En foulant le sol polynésien, le réalisateur, qui a toujours le sourire malgré cette pluie incessante qui tombe sur Tahiti depuis quelques jours, a aussitôt senti cette humeur joviale chez les Polynésiens. Il n’est pas dupe, il sait que le climat de chaleur, de soleil y joue pour beaucoup. « Lorsqu’on vit au soleil et au chaud, on vit dehors avec les autres, on sourit. Après le FIFO, je vais rester quelques semaines à Tahiti, avec ma femme et des amis, pour en savoir plus sur ce pays. Je ne veux pas me dire que je viens ici pour faire un film, on verra », confie le cinéaste. Avec son regard affûté, Eric Lavaine a déjà observé, en quelques jours seulement, un thème intéressant : « les gens vont au soleil pour régler leurs problèmes. On a tous en nous des problèmes intérieurs, on les trimballe comme des valises. Mais, ce n’est pas en allant au soleil qu’on les règle ». Un thème qui pourrait bien inspirer le réalisateur pour une prochaine comédie… En attendant, Eric Lavaine, qui se décrit comme un « égoïste dans la vie », va avant tout prendre un maximum de plaisir en découvrant les documentaires océaniens.

 

FIFO / Suliane Favennec