Le Père Christophe, de spectateur à membre du jury du FIFO 2018.

Le Père Christophe, fidèle spectateur du Fifo, est l’un des membres du jury de l’édition 2018. Celui qui a d’abord été étonné par l’appel des organisateurs à rejoindre le rang des jurés, prend désormais son rôle très à cœur.

« Honnêtement quand on m’a demandé d’être membre du jury, j’ai été réticent. Je ne comprenais pas ce que je venais faire là-dedans, ce que je pouvais apporter. Maintenant je sais, j’apporte mon regard sur la vie, et pas nécessairement celui du curé mais celui de l’homme engagé dans la société », explique le Père Christophe. L’événement est « une belle opportunité ».

Bousculer la société

Père Christophe c’est une voix, un regard pénétrant, une allure reconnaissable entre mille. C’est un homme d’église, vicaire de la cathédrale de Papeete, qui arpente les rues de sa ville à la rencontre des personnes en difficultés. « Ce que je fais avec beaucoup de plaisir, mais qui fait partie de mes missions d’église », précise-t-il. C’est une personnalité qui n’a pas sa langue dans sa poche. « Je suis là pour bousculer la société, pour qu’elle prenne la mesure des choses. » Il lance ça, posé, comme ancré, les pieds nus, la main sur Voyou, le chat des SDF du quartier.

Il a rencontré la société polynésienne en 1981. Timonier sur un navire de la marine nationale, il a sillonné ses eaux pendant plus de quatre ans. Il s’y est attaché et y a emprunté le chemin du séminaire. « J’étais timonier et projectionniste », précise-t-il. À l’époque, dans les îles, il n’y avait pas d’électricité, pas de télévision. Le passage de la marine et la présentation des films constituaient une vraie fête. « On projetait au moins trois films dans la soirée, alors nous, on restait dormir à terre. » Au petit matin, à 5 heures, quand la cloche d’église sonnait, « que les gens se mettaient à chanter, à prier, je suivais ». Au point de vouloir entrer dans les ordres. En 1986, il reprenait ses études en France pour atteindre son nouvel objectif. À la fin des années 1980, il était de retour en Polynésie, qu’il n’a plus quittée. Il a été ordonné prêtre en 1993 et nommé aumônier du Secours catholique.

« Une porte ouverte sur la culture océanienne »

« Ce que représente le FIFO pour moi ? », interroge-t-il, « une porte ouverte sur la culture océanienne ». Chaque année depuis plus de dix ans, le Père Christophe profite de ses vacances pour visionner les documentaires sélectionnés. Tous les documentaires. Il passe ses matinées dans les salles obscures du village « et je regarde tout, sans choisir. C’est là tout l’intérêt. Sans quoi je passerais à côté de choses que je n’aurais sans doute jamais vues ». Les images et les histoires offertes sont, d’après lui, d’une qualité et d’une diversité rares, tant sur la forme que sur le fond.

En faisant le bilan de ses années de festival, il avoue avoir été « surpris », « bousculé », « dérangé » aussi. « Regarder les documentaires du FIFO, cela pose un certain nombre de questions, cela étend les connaissances. » Il espère que son absence à l’église pendant le festival et le rôle qu’il va jouer « donneront envie à de nouveaux spectateurs de se rendre au FIFO car ça en vaut vraiment la peine ».

FIFO / Delphine Barrais