Soirée Cabourg, sacrée mise en condition !

cabourg32On oublie parfois (jamais très longtemps) la force évocatrice du cinéma. A l’instar d’un bon livre, avec cela en plus que l’image rajoute du réalisme et de la véracité au propos, toute la puissance d’un film réside dans ce fait qu’il peut, en un tour de main, nous impliquer à la place de ses acteurs et nous faire vivre leur vie. Pour la deuxième année consécutive, le Festival du Film de Cabourg et le FIFO ont décidé d’unir leurs propositions artistiques au travers de soirées d’échanges où les films de l’un sont montrés au public de l’autre et vice versa (soirée polynésienne pendant le Festival du Film de Cabourg avec une « Fenêtre sur le Pacifique » qui présente les grands prix du FIFO et projection à Tahiti de films primés à Cabourg).

Dure programmation que cette Soirée Cabourg 2012. Il fallait bien un court métrage léger et décalé pour compenser la dureté de « La Guerre est déclarée ». Parce que guerre il y a bien eu, contre la maladie, un cancer plus particulièrement, d’un enfant de 18 mois précisément… Et la magie du cinéma a majestueusement opéré : après avoir souri et rigolé devant « Prochainement sur vos écrans » de Fabrice Maruca, swann d’or de la section courts métrages du Festival du Film de Cabourg 2011 mention spéciale, la salle entière (une bonne partie tout du moins) s’est retrouvé projetée à l’écran, s’identifiant corps et âmes aux parents de ce tout jeune enfant qui oscille maintenant entre la vie et la mort. En si peu de temps leur vie a basculé… Et tant d’années ils se sont battus. Il a fallu être forts, aimants, solides. Et vous, et moi, comment gérerions-nous une telle situation ? Comment affronterions-nous une telle nouvelle, une telle épreuve ? À deux, serions-nous assez forts pour la surmonter ? Comment vit-on avec un enfant malade ? Toutes ces interrogations qui restent en suspens à l’issue de la projection, porteuses de ces trois petits points qui en disent long sur les questionnements qu’imposent de bons films, vrais, humains, sensibles et à la fois poétiques…

Roméo et Juliette à l’écran, les parents du petit Adam, sont bouleversants de sincérité. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait qu’ils rejouent le film qu’ils ont déjà véritablement fait défiler dans leur vie. Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm sont en effet les vrais parents de Gabriel (alias Adam), aujourd’hui en bonne santé. Ils se mettent ici en scène pour nous faire partager leur histoire, avec probablement pour objectif premier de donner à l’espoir la place de choix qu’il mérite et porter certainement aussi un regard plein de lucidité sur cette épreuve de vie, à laquelle nous sommes tous potentiellement exposés.

Pas de misérabilisme, pas d’apitoiement, simplement une juste plongée dans le quotidien de ces familles qui s’unissent face à la maladie, font fi de leurs différences, de leur rancœur, acceptent de composer avec les humeurs et les sensibilités des uns et des autres avec pour seul et unique objectif d’améliorer les jours de l’enfant malade qui ne connaît que scanner, IRM, chambre stérile et se voit déjà confronté à la disparition de ses camarades d’étage…. Au fil des scènes, l’amour des parents s’étiole. S’ils sont aujourd’hui séparés et ont chacun refait leur vie, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, co-scénaristes, ont remarquablement su faire revivre leur amour pour les besoins du film et nous emmener avec eux affronter nouvelles et désillusions qu’ils ont abordées pendant ces longs mois de maladie.

Il a fallu cinq années pour que la rémission d’Adam soit totale. Tout avait commencé par un « Juliette, je crois que notre enfant n’est pas normal »… Ces quelques mots seuls font déjà froid dans le dos. Vous l’aurez compris, les sentiments sont mis à rude épreuve tout au long du film et les louanges ne manquent pas pour le qualifier. On comprend sans mal qu’il ait reçu le Grand prix du Festival de Cabourg et soit nominé pour concourir à l’Oscar du meilleur film étranger. Les yeux ont mouillé, les mouchoirs sniffé et à la sortie, l’ambiance était quelque peu plombée. Il a fallu du temps à chacun pour se remettre… L’occasion de se mettre en condition pour la semaine à venir.

 

Manon Hericher