Rencontres numériques : « La presse traditionnelle est-elle menacée par les technologies numériques ? ».

Erwann Gaucher, consultant pôle numérique de France Télévisions intervient en visioconférence depuis Paris et plante le décor avec des données statistiques et des vidéos. Quinze à vingt millions de blogs en France, plus de 20 000 photos postées sur Facebook chaque minute, voilà des chiffres qui font bien comprendre que le Web n’est pas qu’un nouveau support de diffusion.

Muriel Pontarollo, rédactrice en chef des Nouvelles de Tahiti, Jeanne Peckett, rédactrice en chef du magazine mensuel « BOSS », Nathalie Montelle, directrice de Tahiti Infos et Frédéric Bénot, rédacteur en chef de Radio 1, interviennent tour à tour pour exposer leurs expériences et l’analyse qu’ils en font.

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De leurs interventions et du débat qui s’en suit on peut retenir que le maître mot est le contenu. Celui-ci doit être de qualité, mais il doit répondre de plus en plus finement aux attentes des différents types d’usages. Il faut travailler sur un contenu spécifique pour les lecteurs de la presse traditionnelle, un autre contenu spécifique pour les internautes et encore un autre pour les mobilnautes.

La presse papier continue a bien se porter surtout quand elle apporte des informations plus fouillées ou qu’elle est spécialisée.

 

Un enjeu important est l’immédiateté. Les réseaux sociaux démultiplient les flux d’informations. Même si l’on constate qu’une auto-vérification par l’usager se fait de plus en plus, car les gens ne veulent pas publier n’importe quoi sur leurs comptes, il reste beaucoup à faire pour les professionnels. Non seulement il faut encore vérifier l’information, mais il faut aussi trier dans le flot incessant pour mettre l’essentiel en avant, il faut donner du sens. On parle de rôle de « curation » du journaliste qui doit aider les internautes à s’y retrouver.

L’attente ne faiblit pas pour autant pour avoir une information de fond, des dossiers nécessitant des investigations poussées. Le data-journalisme a des beaux jours devant lui et permet de nourrir le débat citoyen.

Investigation, vérification de l’information, modération des débats, curation sont autant de fonctions que ne s’imposent pas les blogs. « Il ne s’agit pas d’être un blog de plus ! » s’exclame Muriel Pontarollo.

 

C’est pourquoi, il est important dans les rédactions de faire du web l’affaire de tous les journalistes et particulièrement des plus expérimentés, et non pas de le confier, comme cela se voit parfois, aux jeunes sans expérience parce que l’on a du mal à faire bouger des organisations devenues inadaptées.

 

La presse numérique n’est donc pas la cause de la perte des lecteurs de journaux quotidiens traditionnels. La Polynésie française en est la preuve et plus précisément les Nouvelles de Tahiti  qui ont adopté cette logique de « web-first ». Ces derniers ont pris l’initiative depuis trois ans d’offrir à leurs journalistes des formations au back-office, réseaux sociaux, vidéos… La rédactrice en chef affirme  qu’ « on est dans une presse multimédia ». Cette diminution de lecteurs serait dû alors au fait que le journalisme en général a surtout omis d’observer les usages des consommateurs et surtout de s’y adapter; alors que pourtant ils ne s’informent pas moins.

 

Ce sont les utilisateurs qui trouvent les nouveaux usages, en permanence. L’animateur du débat, Frédéric Dubuis, lui-même journaliste, fait remarquer que, finalement, les journalistes étaient assez fermés sur leurs médias, avec parfois de l’arrogance, et maintenant ils doivent s’ouvrir aux autres, être sur les réseaux sociaux et tous les canaux d’échanges, être attentifs aux commentaires postés par les lecteurs. Une tendance prend de l’ampleur, celle du « Web first ». Les informations sont diffusées en ligne par de courts articles ou de simples communiqués et le format papier reprend les sujets qui ont fait l’objet de plus de lectures et de commentaires en les enrichissant.

 

Toutes ces considérations très porteuses et positives ne doivent pas occulter certaines trivialités comme les aspects techniques ou les coûts. Frédéric Bénot rappelle ainsi que l’accès à Internet ici est cher, et pas toujours possible. Tous les intervenants s’accordent à dire que l’équilibre financier n’est pas facile à trouver…

En conclusion, le métier de journaliste a beaucoup d’avenir, car il y a de plus en plus d’information, donc un besoin grandissant de la rendre fluide et compréhensible. Le journaliste doit sortir de sa tour d’ivoire et se mettre à disposition de ses lecteurs à qui il est désormais très accessible.