LYN COLLIE

Lyn CollieElle a produit « Te Henua E Hono », « There Once was an Island », le lauréat du grand prix du jury du FIFO 2010. Interview volée entre deux coupes de champagne.

Il était une fois Takuu, une petite île de Papouasie Nouvelle-Guinée, perdue dans le Pacifique. Comment l’avez-vous découverte ?
Briar March, la réalisatrice du film, a lu un article de Richard Moyle, anthropologue à l’Université d’Auckland, qui travaille notamment sur Takuu depuis de nombreuses années. Dans cet article, il décrivait la situation sur l’île et parlait du fait que l’on allait déplacer les habitants au vu des premiers effets dévastateurs du changement climatique. J’ai pris contact avec lui et parce qu’il a des rapports très étroits avec l’île, il a pu nous obtenir les autorisations de tournage.

 

C’est pour cet aspect environnemental que vous avez décidé de faire le film ?
En réalité, non. Briar voulait le faire et j’ai été trop bête pour dire non (rires). Je trouvais avant toute chose que c’était une bonne histoire. Au début, on explorait l’idée fascinante que l’île était en train de s’engloutir. Il s’est avéré par la suite qu’elle ne s’engloutissait pas mais elle subit de fortes inondations, de l’eau rentre dans les maisons, les tempêtes sont de plus en plus intenses et il n’y a pas de soutien, aucune aide pour ces gens. Ils n’ont pas non plus de porte-parole. Je me suis senti la responsabilité de parler de leur cause.

 

Donc pas de militantisme ?
A vrai dire à l’époque où on a commencé le film, on posait encore la question de savoir si le changement climatique était une réalité. La conscience que les gens avaient de ce problème était très différente d’aujourd’hui. Donc on est un peu avant-gardiste dans ce domaine-là pour ce genre de reportage. Maintenant, il semble que ça a changé : on observe qu’au-delà d’une simple question d’environnement, ça devient un problème de sociétés, au pluriel, et je suis très heureuse que le film sorte au moment où les gens commencent à sérieusement réfléchir au sujet. J’espère qu’il trouvera un écho dans la manière dont ils y pensent.

 

Les habitants de Takuu hésitent aujourd’hui à quitter leur île à cause de cette nouvelle réalité, par peur d’abandonner leur mode de vie, leur culture. Quelle alternative s’offre à eux ?
Le gouvernement de Bougainville, l’île principale de laquelle ils dépendent, envisage leur déplacement comme solution à long terme. Ils ont toujours le choix de rester. La plupart d’entre eux ne veulent d’ailleurs pas se déplacer mais ils sont partagés. Quand nous étions sur place, il y a eu une grosse inondation. Du coup, ils sont un peu sous pression pour réfléchir à la question. Partir ou rester ? C’est la peur de l’inconnu.

 

Comment s’est passé le tournage ?
On l’a fait en deux fois. D’abord deux mois, où seuls la réalisatrice et un conseiller technique sont partis, puis un autre mois, pendant lequel je suis partie avec eux. Par radio, Richard Moyle avait pu prévenir les habitants de notre arrivée. Je crois qu’ils étaient heureux que l’on s’intéresse à leurs problèmes.

 

Ont-ils vu le film ?
Pas encore, j’ai essayé de leur amener avant de venir au FIFO mais le bateau qui dessert l’île n’est pas très fiable et je n’ai pas encore pu y aller. Mais c’est évident que c’est très important qu’ils le voient. On a projeté d’y retourner au mois d’avril, si c’est possible. Richard Moyle a prévu d’y aller.

 

Le projet a mis quatre ans à voir le jour…
Ça a été très difficile de tourner parce qu’il n’y a pas d’argent pour les films ultramarins. Il a fallu quatre ans pour réunir les fonds pour financer le film. On a d’abord dû attendre un an au démarrage et encore deux ans après pour pouvoir retourner sur l’île. On a finalement eu la chance d’avoir beaucoup de soutien de l’industrie mais il a fallu qu’on s’insère dans le planning des autres.

 

Aujourd’hui, pour ton premier film en tant que productrice, tu viens de décrocher ce grand prix du jury. Un premier pas important …
Je suis ravie que le film soit reconnu après quatre années de travail et je suis aussi vraiment très heureuse que la première projection mondiale du film commence sur un si bon pied.

 

As-tu déjà d’autres projets en cours ?
J’ai actuellement deux projets de documentaires au stade de développement mais je ne suis pas encore en mesure d’en parler publiquement car j’ai encore des recherches à faire.

 

Que peut-on te souhaiter en attendant les prochaines productions ?
J’espère que notre prix de ce soir va nous permettre de montrer le film à beaucoup de monde et de faire parler de tout ce problème.