“Exprimer ce que l’on est vraiment”, le challenge de Kumu Hina

200-kumu-hina« Kumu Hina », le film hawaiien de Dean Hamer, nous amène à la rencontre de Hina, une hawaiienne transgenre, ou mahu selon la tradition polynésienne. Professeur dans une école qui met en avant la culture polynésienne, elle permet à une petite fille à la forte personnalité de rejoindre la troupe masculine de Hula. C’est un film sur la tolérance, mais c’est aussi un film sur l’importance de maintenir sa culture. Rencontre avec Hina venue présenter le film au FIFO.

Comment est née l’idée de ce film ?

C’est une amie réalisatrice qui m’a présenté Dean Hamer. C’est à l’occasion de cette rencontre que le projet a pris forme. Je pense qu’il n’avait pas vraiment d’idée précise de ce qu’il voulait filmer, il voulait parler de ma vie, sans vraiment savoir quel serait le contenu du documentaire. Moi, je ne voulais pas un film supplémentaire sur ce qu’on appelle les “trans”. Je voulais quelque chose de plus recherché, même si j’ai bien conscience que c’est cet élément, l’aspect mahu, qui fait qu’on s’intéresse à mon histoire.

 

C’est un film très intimiste, on découvre votre relation avec votre mari. Les moments de tendresse, mais aussi les violences verbales, sa jalousie. Est-ce que vous aviez conscience d’être filmée au plus près de votre intimité ?

Je voulais que ce film soit le plus honnête possible sur ma vie. Donc, nous n’étions pas différents devant la caméra de ce que nous sommes dans notre quotidien. C’est notre couple, avec des hauts et des bas.

 

Nous découvrons également dans le film, une petite fille très déterminée à danser avec les garçons et qui assume ce qu’elle est, comment l’avez-vous accompagnée sur ce chemin ?

Ho’onari a été mon élève pendant plusieurs années, j’ai également eu ses frères et sœurs, donc je connais bien sa famille. Elle a commencé doucement mais sûrement à s’affirmer et à suivre le chemin qui lui convenait. Elle voulait toujours être avec les garçons, être associée à leurs activités. Dans le même temps, j’avais deux élèves, deux garçons, qui voulaient être avec les filles. J’ai, à un moment, voulu leur offrir l’opportunité d’être eux-mêmes. ”

 

Pourquoi cela était si important ?

“Je sentais bien que si je laissais Ho ‘onari avec les filles, il n’y aurait pas d’épanouissement pour elle. En tout cas, pas aussi bien que quand elle était avec les garçons. Mon rôle de professeur a été de lui trouver un espace où elle pouvait exprimer ce qu’elle était vraiment.

 

Est-ce que cela a été facilement accepté par les autres enfants et par les adultes ?

J’ai demandé aux élèves s’ils acceptaient qu’une fille aille avec les garçons et que deux garçons aillent avec les filles. Ils ont tous accepté. Pour les adultes, certains ont approuvé, d’autres pas du tout. Mon rôle a été de dire aux enfants qu’ils devaient donner le meilleur d’eux-mêmes dans les différentes disciplines proposées pour qu’ils puissent être ce qu’ils voulaient être, sans jugement. Il y avait un niveau d’exigence à avoir. Nous avons expliqué aux parents que nous attendions des résultats en danse, en chant, etc. , que cela se faisait dans le cadre d’un projet scolaire et en les laissant choisir d’être avec les garçons ou les filles, c’était leur permettrait d’offrir le meilleur d’eux-mêmes dans le cadre de l’école.

 

Lundi 2 février,  il y a eu une projection auprès des scolaires et après le film, ils sont tous venus vous embrasser. Cela vous a surprise ?

C’était un formidable moment, et mes étudiants m’ont profondément manqué à ce moment-là.  J’étais très surprise de voir à quel point les jeunes de Tahiti ont été réactifs au film.

 

Le film parle de droit à la différence, mais c’est aussi une histoire de sauvegarde de la culture. On vous voit vous engager en politique pour cela.

Oui, je n’ai pas été élue, mais plus de 20 000 personnes ont voté pour moi. Sans moyen, sans être connue, c’est un succès à mes yeux. Je viens d’une famille indépendantiste, la culture hawaiienne est toujours une priorité dans ma vie, je pense mettre en place une nouvelle stratégie pour les prochaines années, car l’aspect politique est important pour faire avancer les choses. Si tu n’es pas présent sur le plan politique, tu n’as aucun contrôle sur la terre, la langue.

 

Quel message voulez-vous faire passer avec ce film ?

Je souhaite faire comprendre aux Hawaiiens et de manière plus large aux Polynésiens que ce n’est pas grave d’intégrer la culture des autres, mais certainement pas aux dépends de sa propre culture, en oubliant les fondamentaux culturels. A Hawaii, en 2013-2014, il y a eu un mouvement pour le mariage pour tous et l’union entre deux personnes du même sexe est devenue légale. Mais de nombreux Hawaiiens s’y sont opposés en disant que ce n’était pas dans leur culture. Moi, je dis que la religion, le christianisme n’autorise peut-être pas cela, mais cela n’a rien à voir avec la culture hawaiienne. Dans la culture polynésienne, le mahu a toujours existé et il n’y a jamais eu de choses négatives à son encontre jusqu’à l’influence européenne et religieuse.

 

Propos recueillis par Alexandra Sigaudo-Fourny