Débat citoyen : « l’addiction au numérique en question »

6addiction_numeriqueLe sujet a réuni quatre intervenants. Erwann Gaucher, consultant pôle numérique FTV  est intervenu en visioconférence depuis la France, avec 40°C de différence de température ! Il souligne la vitesse croissante d’évolution du système, les risques d’accoutumance  s’amplifiant du fait que l’on se trouve dans un fleuve continu d’échanges. Marie-Françoise Brugiroux, médecin, responsable du centre « alcoologie et toxicomanie » de la direction de la santé, a fait un exposé clair et complet sur les questions de dépendance en général et d’accoutumance au numérique en particulier. Marcel Desvergne, président d’Aquitaine Europe communication et fidèle intervenant des rencontres numériques a pour sa part souligné l’expansion du phénomène vers les séniors et aussi les exigences imposées par le monde du travail. Bernard Benhamou, délégué aux usages de l’Internet, a complété les précédents exposés en soulignant le rôle des pouvoirs publics pour juguler les risques. Il a particulièrement souligné les risques d’intrusion dans la vie privée à des fins commerciales. La solution n’est pas dans le refus de l’outil, indique-t-il, mais dans un encadrement de plus en plus fin.

Il est clair que le numérique à une grande place dans notre vie privée qui permet d’entretenir une relation continue avec les membres de notre famille ou nos amis. Cependant, même dans notre vie active, il y a « une pression professionnelle de la connexion » d’après Erwan Gaucher comme par exemple l’utilisation permanente de mails.

Les parents ont été les premiers à s’inquiéter, peut-être exagérément, du phénomène d’accoutumance au numérique. Internet, réseaux sociaux et jeux en ligne accaparent de plus en plus les jeunes qui semblent plus à l’aise dans cette vie virtuelle qu’en confrontation directe avec le réel.  Les spécialistes proposent une échelle de 0 à 5 allant d’une utilisation normale du numérique (0) à une accoutumance sévère (5), où les fonctions vitales sont négligées. Il est estimé qu’actuellement 10 à 15 % des utilisateurs se situent à ce dernier niveau.

Dans le monde du travail, il peut y avoir une accoutumance due au comportement du salarié qui aura une navigation compulsive d’Internet et ne pourra se passer d’interroger à tout moment ses messageries. Mais on peut voir également une pression de l’entreprise avec une exigence toujours accrue de réactivité de ses employés. Une anecdote est donnée pour illustrer ce phénomène. Suite à une intervention des syndicats, telle entreprise a renoncé à envoyer des messages exigeant réponse à ses cadres dans la nuit de Noël et celle de la Saint-Sylvestre 2011…

De nouveaux métiers, de nouvelles opportunités peuvent naître de ces évolutions, comme de toute transformation d’importance. Pour traiter de l’accoutumance avérée, les thérapeutes doivent s’adapter, trouver de nouvelles approches, comme par exemple entrer dans le jeu avec les ados. Une filière de tourisme sans numérique fait son apparition et pourrait se développer en Polynésie française sur le thème : « Reposez-vous vraiment, déconnectez ! ».

« Emerge une exigence d’un droit à ne pas être connecté » indique le délégué aux usages de l’Internet. Ne jamais oublier que sur Internet, quand vous ne payez pas le service, c’est que vous êtes le produit. Les entreprises de la Toile sont dans leur logique de gagner de l’argent. Même les tous petits sont leurs cibles potentielles. Donc nous, au travers de nos décideurs, devons établir des règles pour préserver les valeurs et les principes auxquels nous sommes attachés. Trois leviers, classiques et efficaces, doivent être actionnés : l’éducation-accompagnement, l’encadrement juridique et les mesures techniques.

Retenons encore de ce débat très nourri quelques phrases clefs. Le but n’est pas d’arrêter mais d’être heureux. Tout est une question d’équilibre. Il faut une respiration. Mais tout cela doit être enseigné aux jeunes et aux moins jeunes, c’est pourquoi il faudrait développer une éducation au numérique.

Une prise de conscience collective des enjeux, tout en reconnaissant objectivement tous les avantages du numérique, doit nous permettre d’élaborer une réponse collective et pertinente à ses dangers.