CINEMATAMUA : LES IMMEMORIAUX

Cinematamua Juin 2008Pour cette 46ème édition de Cinematamua, l’ICA et Te Fare Tauhiti Nui en partenariat avec la Banque de Tahiti sont heureux de rendre hommage au réalisateur récemment disparu Ludovic Segarra avec le film Les Immémoriaux.

 

Ce film, réalisé en 1982 par Ludovic Segarra, est une adaptation libre d’un récit de voyage de Victor Segalen. En 1905, l’écrivain décrivait dans Les immémoriaux le passage du monde maori vers un autre monde évangélisé. Marc Giannesine dans un article paru dans le Monde en 1987 écrivait : « Mais attention, l’aventure selon Segalen est un changement total de vie, de peau. Il ne s’agit pas pour lui de singer superficiellement les coutumes des maori, mais de dépouiller en esprit sa propre culture pour mieux sentir celle des autres. C’est l’exotisme au sens le plus pur du terme, comme Baudelaire l’entendait, un art des correspondances entre les choses les plus diverses. »

 

Henri Hiro, figure emblématique dans le Pacifique de la défense de sa culture, remonte pour nous le temps en suivant le texte de Segalen. Un leitmotiv dans ses propos : « Je ne reconnais plus ma terre, ma terre ne me reconnaît plus ». Pieds nus, vêtu d’un paréo, il part à la recherche de son île et de sa culture. Issu du monde maori qui vivait en païen, il constate le mal fait par les missionnaires qui à coup de bonnes paroles et de morale chrétienne ont réduit ce peuple a l’oubli collectif. Interpellant les touristes qui débarquent à l’aéroport de Papeete il leur lance : « Et puisque aujourd’hui tout se vend, c’est votre argent que nous saluons en acceptant de nous perdre ». Sa quête le mène au coeur de l’île ou il livre un véritable corps à corps avec des puissances secrètes (plans de danses rituelles). Suivi par d’autres Tahitiens, il vit à travers une nuit inoubliable un retour au monde païen fait de joies et de voluptés.

 

A Marc Giannesine de conclure : « Dans le documentaire, à mi-chemin entre le reportage et la fiction (comme dans l’œuvre de Segalen se mêlent intimement le réel et l’imaginaire), un homme est chargé de faire la liaison entre le présent dégradé et l’immémorial. C’est le dernier homme porteur de la parole magique… qui nous emmène. Où ? Dans un monde polyphonique, de danses frénétiques, retentissant en accents brutaux, ensorcelant et laissant éclater toute la démesure de la nature. Feu, terre, eau pure, chair, toute une matière vivante en effervescence, prise dans une ronde extatique, rythmée aux temps sourds d’un rituel… Segarra comme Segalen sont des voleurs de feu ».

 

Infos pratiques
Grand Théâtre de la Maison de la Culture
Mercredi 18 juin à 19h00
Renseignements au 544 544
Entrée libre