Padisa : «  Se rassembler pour se faire entendre »

Il y a quatre ans au FIFO, plusieurs directeurs de festivals se sont réunis pour développer une idée : celle d’un regroupement de festivals du Pacifique dont l’objectif serait de promouvoir et aider la production audiovisuelle de cette région. Aujourd’hui, un nom a été trouvé, Padisa. Et la structure prend forme. Rencontre avec René Boutin, directeur du festival calédonien Anuu ru aboro, et co-fondateur de Padisa.

 

FIFO : Pouvez-vous nous expliquer quel est l’objectif de cette association ?

L’idée d’une association des festivals du Pacifique est venue il y a quatre ans au FIFO. La première année, il y avait la présence du festival de Hawaii, de la Nouvelle-Zélande, de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie. Le but : échanger sur les problématiques, comment travailler ensemble, et obtenir des partenariats. Par exemple, sur le festival calédonien Anuu ru aboro, nous avons des partenaires avec des festivals français mais pas du Pacifique alors que nos problématiques sont proches. Lors de nos échanges, il est ressorti que nous avions chacun créé un festival pour dire quelque chose. C’est le moment de se rassembler pour faire entendre notre voix et transmettre nos histoires du Pacifique.

 

FIFO : Etait-ce important de se réunir et s’unir ?

En étant réuni, on est plus fort. Cela compte pour demander des fonds internationaux afin de nous produire. Nous voulons raconter des histoires du Pacifique, par des réalisateurs et techniciens du Pacifique. En clair, le Pacifique raconté par le Pacifique. On veut mettre en avant et former les locaux. C’est aussi notre rôle en tant que producteurs de former aux métiers de l’audiovisuel. La formation est très importante. Nous voulons créer un lien fraternel entre les peuples du Pacifique, et valoriser les individus. Aujourd’hui, les gens de « savoir » viennent de l’extérieur, ils viennent tourner dans notre région avec un laps de temps court, des préjugés qu’ils veulent souvent illustrer, et n’ont pas accès directement au peuple. La voix du Pacifique est rapportée par ces personnes, cette voix exotique est déjà entendue. Cela nous empêche d’être diffusés à l’international. Aujourd’hui, il faut traiter les sujets avec plus de fond, de temps, et moins de conformisme. Cela passe par de la production locale.

 

FIFO : Où en êtes-vous dans la création de Padisa ?

On s’est vu deux, trois fois lors du FIFO. L’association a été créée en 2016 à Auckland en Nouvelle-Zélande mais cela reste informel. Cette année, nous devons passer un cap et monter la structure. Il faut des membres, un bureau, donc réfléchir au lieu, au nombre de personnes, à un site et comment échanger nos données. En clair, de pouvoir exister comme une vraie association de festivals du Pacifique. C’est essentiel aujourd’hui car il est important pour nous de construire une vraie identité du Pacifique.

 

FIFO : Quelle est la suite?

Dans un premier temps, nous allons échanger nos données. L’idée est que n’importe quel festival dans le monde qui va sur le site de Padisa puisse voir des films du Pacifique et f        aire son marché. Notre rôle sera ensuite de mettre en contact avec les personnes concernées. D’un côté nous devons nous rassembler, et de l’autre faire en sorte de faciliter l’accès au Pacifique pour ceux de l’extérieur, et devenir une référence. On veut proposer du cinéma, du documentaire, des reportages, avec des contenus hétérogènes.

 

FIFO : Quelle est votre cible ?

Notre première cible, ce sont les gens du Pacifique car notre histoire est proche. Et, puis, il y a une véritable demande du public. Nous voulons traduire en anglais et français pour toucher le plus de monde. Ensuite, nous allons nous intéresser au marché international, et montrer des vrais sujets avec des problématiques du Pacifique, et non de l’exotisme. Et un jour, pourquoi pas, déplacer les festivals du Pacifique dans des festivals en Europe et montrer les films primés,  un gage de qualité.