Ochre & Ink, métissage sino aborigène en terre d’Arnhem

Esthétiquement fabuleux, humainement transcendant, artistiquement passionnant, Ochre & Ink a fait l’unanimité auprès du public du Petit théâtre hier en début d’après-midi, à l’occasion de la projection-rencontre avec James Bradley, réalisateur du film. Ambiance.

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Xiaoping est Chinois, il n’a pas d’âge mais depuis 23 ans déjà collabore avec des artistes aborigènes. Si James Bradley n’a pu raconter toute la vie passionnante de cet homme envoûté par l’art (de vivre aussi) des aborigènes, c’est par faute de temps. Ensemble, ils ont donc décidé de se concentrer sur l’Instant, en particulier le travail absolument fabuleux entrepris avec Johnny Bulunbulun, artiste aborigène de Arnhem Land, pour faire cohabiter sur papier de riz ou écorce d’arbre l’inspiration respective des deux artistes, porteurs chacun de traditions ancestrales intimement « encrées » en eux.

            De cette collaboration naît une amitié profonde, qui s’étendra à la famille et plus largement encore à la communauté du peintre aborigène. Quand Johnny Bulunbulun meurt soudainement à l’âge de 64 ans, sans avoir pu faire le voyage en Chine comme il était prévu qu’il le fasse, pour découvrir la culture de Xiaoping d’abord et assister aussi à l’inauguration de leur exposition au Musée de la capitale, Pékin (véritable succès avec quelque 330 000 visiteurs), c’est sa veuve et son fils qui montent dans l’avion pour le représenter en dehors de leur terre.

            Si l’artiste chinois a essuyé au début de sa création sino aborigène de nombreuses critiques – à commencer par celle d’être raciste parce qu’il peignait des aborigènes – sa ténacité, sa persévérance et surtout son talent lui valent aujourd’hui une reconnaissance internationale, des confins de la terre d’Arnhem à Beijing, en passant par Melbourne, où il vit toujours.

            Son travail inspiré, d’une grande sensibilité et d’une extraordinaire finesse a incontestablement donné envie au public polynésien d’accueillir l’exposition. Pour le moment, les négociations sont encore en cours pour la faire voyager depuis Melbourne, où elle a été montrée de juillet à octobre de l’année dernière. En attendant qu’elle atterrisse éventuellement à Tahiti, l’artiste a dit vouloir revenir faire quelques travaux en Polynésie. « Je n’aime pas seulement les paysages mais surtout les gens d’ici », a-t-il assuré.

 

Manon Hericher

 

 

 

En aparté, avec James Bradley

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Comment Xiaoping et vous vous êtes-vous rencontrés ?

J’ai rencontré Xiaoping par le biais d’un vieil ami de lycée que je n’avais pas vu depuis 35 ans. Nous nous sommes retrouvés à l’occasion d’une réunion d’anciens élèves. Je faisais du montage de films, j’avais travaillé sur des films de communauté aborigènes et lui était devenu professeur des études asiatiques à l’université de Melbourne. Quand je lui ai dit que je faisais des films, il m’a dit, « j’ai une histoire extraordinaire pour toi : je connais cet artiste chinois qui passe des semaines entières à Arnhem Land à faire de la peinture avec des artistes aborigènes ». De là, j’ai appelé Xiaoping, nous avons décidé de nous rencontrer et il m’a fait confiance pour raconter son histoire. [… ] Au départ, il était un peu déçu que l’on ne puisse pas développer tout ce qui avait été fait auparavant, au cours de ses 23 années de collaboration avec des artistes aborigènes dans différentes parties d’Australie mais finalement il a pu apprécier que l’on se soit concentré sur la période la plus récente.

 

Le film a-t-il été montré à la communauté de Arnhem Land ?

Pour être parfaitement honnête, nous n’avons pas pu organiser de projection dans la communauté faute de moyens mais le film a été montré à la famille proche de Johnny Bulunbulun – une partie de l’accord qui avait été passé avec  les artistes était de leur montrer le film avant sa diffusion. […] En Australie, nous avons d’ailleurs des règles très strictes, spécialement si le film est financé par le gouvernement. Nous avons donc fait très attention de bien suivre le protocole dédié et d’obtenir toutes les autorisations nécessaires. Pour les funérailles en particulier, il a fallu obtenir l’accord de tous les membres de la communauté. Le film passera à la télévision nationale le 21 février.

 

Combien de temps a duré le tournage ?

Entre 2 ans et demi et 3 ans. La mort de Johnny a sensiblement ralenti le processus,  d’au moins un an.