Hommage à Pele et à la navigation traditionnelle tahitienne

 

Des spécialistes de la culture polynésienne, des experts de la langue vernaculaire… Le festival Polynesia propose au public des conférences pour mieux connaître la richesse de notre triangle.

La salle du Petit Théâtre est comble. Ils sont venus nombreux assister à la conférence des Hawaiiens de ce vendredi 16 septembre. Deux des 29 artistes de la délégation se tiennent sur la scène. Baba Kamoboarii et Nauiileilima Murphy sont là pour raconter la légende de Pele, la déesse des volcans. Celle qu’on appelle aussi la bâtisseuse d’île, la femme de la terre rouge. Chassée de Tahiti suite à une querelle amoureuse avec sa sœur, la déesse de l’océan, Namaka, Pele part vers les îles de Hawaii. Elle atteint une première île, elle y crée un volcan. Mais, une nouvelle fois, elle est chassée par sa sœur qui détruit tout sur son passage, à coup de raz de marée. Ainsi, la déesse du feu passe d’île en île jusqu’à se trouver sur la plus haute : Hawaii. Namaka ne peut l’atteindre, alors Pele s’y installe définitivement. Toutes les îles sur lesquelles Pele est passée composent aujourd’hui l’archipel d’Hawaii. « Nous avons beaucoup d’histoires sur cette déesse. Nous avons un chant qui rend hommage à son voyage. On va vous l’apprendre », lance l’un des artistes.

 

Fiers de leur culture

 

Au départ un peu timide, le public finit par se prêter au jeu. Certains se lèvent. Après avoir prononcé les paroles, ils chantent en suivant leurs guides sur scène. « Ca vient des tripes ! Vous le sentez ? ». L’assemblée est mitigée mais conquise. « On va revenir demain. Leur manière de raconter et d’enseigner est super : simple et efficace », confie Anavai, 17 ans. La jeune lycéenne est venue avec sa classe de La Mennais. Ce festival est une préparation au bac de fin d’année. Et, quelle meilleure préparation que d’être plongé au cœur des cultures du triangle polynésien… Surtout lorsque les intervenants animent leur conférence avec entrain. « On va vous apprendre le Hula Hiki, la danse du tiki. C’est une danse sans instruments, et il n’y a pas de mouvements avec les pieds car Pele devait être stable lorsque la terre tremblait. Dans ce chant, on crée la terre ». Les artistes montrent les gestes, le public reprend. Les spectateurs s’amusent, apprennent, se lâchent. Ils échangent, et le moment est beau. « Le hula hiki n’est pas une danse folklorique mais spirituelle. On s’approprie notre histoire et on la partage. Aujourd’hui, cela se transmet de génération en génération », intervient Baba Kamoboarii. « Il explique très bien, et c’est très profond. Les deux artistes croient en ce qu’ils disent et sont fiers, confie Cheyenne, à la sortie de la conférence, Nous partageons nos histoires. Leurs ancêtres sont aussi les nôtres ! ».

 

Une navigation tirée des mythes polynésiens

Une heure et demie plus tard, c’est une autre conférence qui a lieu dans la salle du Petit Théâtre. Cette fois, c’est Jean-Claude Teriierooiterai, grand connaisseur de la culture polynésienne et particulièrement de la navigation, qui est sur la scène. Aujourd’hui, il va expliquer la navigation traditionnelle tahitienne aux étoiles à son auditoire. « Mais d’abord rendons hommage aux Fa’atere va’a : Tupaia, Puhoro, Francis Cowan. Tupaia a voyagé avec Cook à bord de l’Endeavour. C’est lui qui a guidé le capitaine britannique vers la Nouvelle-Zélande », explique l’intervenant avant de poursuivre avec les autres grands navigateurs tahitiens. Le second, Puhoro, a conduit les Espagnols vers les îles de la Société, jusqu’au Pérou. A leur retour, Puhoro laissa la Rose des Vents, celle des Polynésiens, au capitaine hispanique. Le troisième, Francis Cowan, a construit sa pirogue pour partir en direction de la Nouvelle-Zélande. Le navigateur s’est guidé grâce à la planète Vénus, il n’avait pas de compas. « La navigation est tirée des mythes polynésiens. Ces connaissances sont mémorisées dans les chants, on trouve plus de 200 noms célestes. Cela sert à la fois pour se repérer dans l’espace, dans le temps, dans l’astrologie ou les présages ».

 

Approfondir les connaissances

Le public est concentré, certains semblent même fascinés. Avec l’aide d’un diaporama sur lequel les explications et schémas défilent, Jean-Claude Teriierooiterai raconte la mythologie : Ta’aroa créant l’univers, la terre et le ciel ; Tane libérant les divinités … Il revient aussi sur la Rose des vents, Rua mata’i ou encore le Rua fetu, le chemin des étoiles. « Chaque île a son étoile. Les Polynésiens avaient ainsi une carte du Pacifique au dessus de leur tête ! Lorsque Cook demandait à Tupaia où était Tahiti, il savait montrer la direction, où qu’il se trouve ! ». Noms des constellations dont on perçoit des différences avec les occidentaux, l’hameçon pour l’un est par exemple un scorpion pour l’autre ; le chemin du soleil ; mais aussi la houle, les oiseaux, les nuages… Jean-Claude Teriierooiterai n’oublie rien, il raconte en détail et avec des cartes le savoir des Tahitiens quant à la navigation traditionnelle. Un moment passionnant. « C’est fabuleux. Je venue pour approfondir mes connaissances, c’est fait ! , confie Yeevone, 70 ans. Ce festival est génial, les absents ont eu tort de ne pas venir ! ».

 

Suliane Favennec