Hip-Hop-eration « Une rencontre intergénérationnelle

LeeAlex LEE : « Une rencontre intergénérationnelle »

Hip-Hop-eration, documentaire néo-zélandais, est l’un des onze films en compétition de ce 13ème FIFO. Véritable hymne à la vie, il suit le parcours d’un groupe de danse pas comme les autres : des personnes âgées vivant sur l’île néo-zélandaise Waihiki qui dansent le hip-hop et souhaitent participer aux championnats du monde de la discipline à Las Vegas. Parfois hilarant, souvent émouvant, ce film diffusé un peu partout dans le monde a été très apprécié par le public international. Ce qui est finalement le plus important selon Alex Lee, le producteur, présent sur le fenua pour défendre son documentaire. Lors du Inside the Doc, prévu mardi 2 février de 13h30 à 14h, l’homme reviendra sur les dessous du film. En attendant, Alex Lee répond aux questions du FIFO.

Comment avez-vous choisi ce sujet ?

C’est la leader du groupe qui est venue me voir pour me proposer un documentaire sur son groupe de danse. Au départ, on voulait simplement faire une flahsmob. Mais très vite, on s’est rendu compte que cela ne suffirait pas, il fallait expliquer plus clairement : pourquoi ces personnes âgées avaient ce besoin de participer à la vie en communauté alors qu’elles ont l’impression de ne plus y participer. Je pense aussi qu’elles voulaient rendre l’ascenseur, rendre ce qu’elles avaient reçu durant toutes ces années.    

Comment avez-vous procédé pour choisir vos personnages ?

 

J’ai passé du temps à observer afin de repérer ceux qui avaient des histoires plus passionnantes que d’autres, ceux qui étaient plus à l’aise avec la caméra… Le plus important restait que leur histoire devait amener quelque chose de plus au documentaire. Nous avons choisi principalement des femmes car elles ont été des protagonistes importants dans la vie communautaire de l’île : lutte contre la guerre au Vietnam, pour les droits de la femme etc. Dans l’île de Waihiki, il y a beaucoup de vielles personnes qui ont été des activistes. Mais, aujourd’hui, nous avons oublié que ces gens-là se sont battus dans leur vie pour défendre des causes, nous les regardons juste comme de vieilles personnes.

Comment les personnages ont-ils réagi lors de la réalisation du documentaire ?

Ils se sont pris au jeu et ont été fascinés. Je crois aussi qu’ils avaient besoin de faire de l’exercice, faire quelque chose de leur corps. Lorsque tu es vieux, dans la vie, il faut quelque chose qui te pousse, qui te motive, car sinon il ne te reste plus que deux choses : attendre les visites de ta famille ou mourir. Au final, je pense qu’ils se sont bien amusés ! A travers ce documentaire, ils ont aussi souhaité laisser un héritage aux générations suivantes. Car, aujourd’hui, il y a un véritable manque de communication intergénérationnelle.

Dans ce film, nous avons justement l’impression que c’est la danse, le hip-hop, qui rétablit ce lien ?

Tout à fait. La musique et la danse ont crée la connexion entre ces deux générations. Cela a permis une rencontre intergénérationnelle, un partage entre deux mondes, entre ces jeunes du sud d’Auckland, habité en majorité par la communauté Maorie, et ces habitants de l’île où vivent principalement des blancs. Finalement, les jeunes ont été impressionnés et touchés par ces personnes âgées qui peuvent être leurs grands-pères ou grands-mères. Les plus vieux, eux, ont été enchantés. D’ailleurs, ils ont gardé un lien après le film.

 

Reconnecter les générations, c’était finalement l’objectif, le message de ce film ?

On voulait faire un film pour émouvoir les gens mais aussi, oui, pour reconnecter ces générations qui ne se parlent plus. Je pense que nous avons relevé le challenge. Quelque soit l’endroit où nous avons diffusé le film, en Europe ou ailleurs, la réaction du public a été la même, elle est universelle. Certainement, aussi, parce que le message du film est lui-même universel : on y parle d’amour, de respect, de musique, de vie.

Quelles ont été les difficultés pour réaliser et produire un tel film ?

On en a eu plusieurs ! Au niveau logistique, on devait faire des allers-retours entre Auckland où nous sommes basés, et Waihiki. On devait s’assurer d’avoir pris toutes les images nécessaires. Au niveau humain, cela n’a pas toujours été évident non plus. Nous avons eu affaire à des personnes âgées, parfois elles ne sont pas d’humeur ou simplement fatiguées, on doit faire avec. Parfois, tu dois parler plus fort pour te faire entendre alors que d’autres te demandent pourquoi tu cries ! Parfois certains te répètent la même histoire plusieurs fois dans la journée. Il faut donc s’adapter et faire preuve de patience ! Mais nous avons eu la chance d’avoir un réalisateur qui a su le faire, et qui a su gagner leur confiance et la garder. A la fin, il était même considéré comme leur petit-fils.

FIFO / Suliane Favennec