Débat 5 – Les rencontres numériques : Le câble Honotua oblige à de nouvelles relations professionnelles : le cas de la santé

les intervenants du dbat 5Comment le câble, qui a permis l’augmentation des échanges à l’intérieur et à l’extérieur de la Polynésie française, a-t-il et va-t-il modifier le système de la santé du Pays ? Les intervenants ont présenté les avancées selon leur corps de métier, mais aussi les blocages rencontrés et qu’il faudra soulever.


Michel Paoletti, Président des Rencontres Numériques

Les inégalités devant les soins sont un grave problème. Peut-on améliorer le système médical grâce à la numérisation des échanges ? Je suis quelque part sur une île polynésienne, comment puis-je être soigné du mieux possible compte tenu de l’isolement de celle-ci ? La situation géographique de la Polynésie amène à une réflexion spécifique sur le cas de la santé.

 

Francis Pezet, Directeur du Système d’Information de l’Hôpital du Taaone

« Depuis quelques années, l’Hôpital est en route vers ‘l’hôpital numérique’ : l’ensemble de la production de l’imagerie médicale (scanner, radio, etc.) est entièrement numérisée. On gagne ainsi en qualité de soins, en rapidité et en économie, de l’ordre de 60 millions par an ! L’échange, via le numérique, du Dossier Médical Partagé (DMP), qui concentre l’historique des dossiers médicaux de chacun d’entre nous, présente de nombreux avantages : le clinicien dispose des comptes-rendus et des images de ses patients, peut accéder aux serveurs de résultats des laboratoires. Le numérique Haut Débit, c’est aussi la possibilité pour certains spécialistes, les radiologues par exemple, d’interpréter à distance des clichés dans les lieux où il n’y en a pas. »

 

Jean Sarda, Médecin Inspecteur  

« Les nouvelles technologies permettent en effet de pallier à l’absence de certain personnel de santé. La ‘télémédecine’ est considérée comme un acte médical depuis un décret voté en 2010 pour cadrer juridiquement ces opérations. Mais celui-ci n’est pas encore appliqué en Polynésie, il faut donc au préalable régler cet aspect. »

 

Nicolas Bertholon, Ministre de la Santé

« Avec l’arrivée du câble, la Polynésie est face à beaucoup de défis : développement de la médecine de distance, centralisation et partage des données médicales… La difficulté majeure réside dans la sécurité. Pour connecter les dispensaires à l’Hôpital et étendre ce fonctionnement dans les archipels, il reste des approches réglementaires liées au secret professionnel et techniques à déterminer. »

 

Christian Hellec, Secrétaire Général de l’Ordre des Médecins

« La priorité du développement de la télémédecine réside effectivement dans la transmission sécurisée des informations médicales. En fonction du niveau de compétence du personnel et du consentement du patient, il doit exister différents niveaux d’accès au DMP. Car le secret médical s’applique à tous mais aussi entre les médecins. Un patient peut demander à son médecin traitant de ne pas transmettre des informations le concernant à un autre médecin. C’est à la collectivité de mettre en place les moyens de sécurisations des données et à nous, médecins, de mettre en place les moyens réglementaires et techniques. En tant que praticien, j’y vois de grands avantages : on réduirait ainsi les demandes d’examen inutiles, les re-prescriptions de traitement, pour aboutir finalement à un meilleur diagnostic.

Quant à l’expérience de l’échange de données sécurisées, il fonctionne déjà très bien avec  les laboratoires, qui ont mis en place des clés de cryptage très performantes. Nous n’avons plus besoin de nous déplacer au laboratoire pour chercher les résultats, nous recevons les données directement dans le dossier du patient. Un autre exemple de progression grâce au numérique : il existe depuis peu une société de radiologues établie en Polynésie qui travaille avec les petits hôpitaux de métropole et de certaines îles des Caraïbes : grâce au décalage horaire, ils peuvent travailler en relais de leurs homologues ! Cela laisse augurer de nouvelles possibilités et de nouveaux marchés pour le Pays. »

 

Moana Tatarata, Président du Conseil d’Administration de la CPS

« Le câble n’oblige pas à de nouvelles relations professionnelles, il permet d’échanger différemment des informations. Selon moi, l’avancée majeure que le câble pourra offrir à la CPS demeure dans les évacuations sanitaires vers la métropole. Toutes les informations liées aux examens, frais, hébergement et transport du patient pourront être mises à jour de manière plus efficace, permettant des remboursements rapides. Je pense que la CPS doit également déterminer avec l’ensemble des praticiens les zones et les périodes à risque pour prévoir des dispositifs d’anticipation. On éviterait ainsi les débordements que les personnels de santé ont pu connaître l’an dernier avec l’épidémie de grippe A (H1/N1). »

 

Présentation de la télémédecine avec une valisette médicalisée.

Dans ces valisettes (coût 3 millions environ), on trouve un ordinateur portable dans lequel on va introduire les données médicales recueillies grâce aux autres instruments contenus dans la valise : microscope, électrocardiographe, tensiomètre, appareil photo numérique, etc. Le tout est relié à Internet via une clé Vini 3G, le réseau Vini étant présent dans la plupart des îles.

L’infirmier procède à l’analyse du patient et la transmet à un ou plusieurs médecins, via un protocole d’envoi crypté et sécurisé. Le médecin établit quasiment en temps réel son diagnostic et renvoie une interprétation. Dans bien des cas, la télémédecine évite les évacuations sanitaires inutiles et coûteuses.

 

Intervenants :

Nicolas Bertholon, Ministre Santé

Moana Tatarata, Président du Conseil d’Administration de la CPS

Christian Hellec, Secrétaire Général de l’Ordre des Médecins

Olivier Kressman, Directeur d’IDT (informatique de Tahiti)

Francis Pezet, Directeur du Système d’Information de l’Hôpital du Taaone

Jean Sarda, Médecin Inspecteur

Michel Paoletti, Président des Rencontres Numériques